27/01/2014

Mes 10 rendez-vous au cinéma pour 2014


The Grand Budapest Hotel de Wes anderson (sortie le 26 février)


Wes Anderson peut donner l’impression de tourner en rond, dans une attitude de dandy  metteur en scène réutilisant à l’envi son style d’une forme impeccable mais un rien lassante (de Rushmore à Moonrise Kingdom, en passant par La famille Tenenbaum ou La Vie aquatique). Néanmoins,  son dernier opus, Moonrise Kingdom, était un de ses opus les plus réussis, et le casting luxueux de The Grand Budapest Hotel en fait un rendez-vous incontournable.


Captain America, le soldat de l’hiver de Joe et Anthony Russo (sortie le 26 mars)


A ma grande surprise, j’avais bien aimé le premier volet des aventures du super-héros étoilé, un peu sous-utilisé et en retrait dans The Avengers (mais que pouvait-il faire face à Robert Downey junior?). On peut parier que le film sera par rapport à son prédécesseur ce que Thor : le monde des ténèbres a été à Thor : une suite plus spectaculaire et ambitieuse, débarrassée d’un récit d’origines souvent laborieux. Le fait que le film soit inspiré d’un arc narratif du comic book acclamé par les critiques et les fans laisse également augurer du meilleur.


Need for speed de Scott Waugh (sortie le 16 avril)


Suite à la disparition tragique de Paul Walker , la sortie de Fast and Furious 7, plaisir coupable attendu, est reportée à 2015. En attendant, on se consolera avec cette adaptation d’une série de jeux vidéos à succès, qui a l’air d’être un film d’action visuellement spectaculaire avec une intrigue de vengeance assez basique mais efficace.


 The Raid 2 : Berandal de Gareth Evans (sortie le 16 avril)


The Raid de Gareth Evans était un film d’action intense, violent et jouissif. La bande-annonce de sa suite laisse entrevoir un récit plus ample, peut-être moins évident à maîtriser que le dispositif de huis clos efficace du premier opus. Mais si l’on en croit les premiers échos très élogieux de la projection du film au festival de Sundance, tous les espoirs sont permis. Néanmoins, à déconseiller aux âmes sensibles, a priori.


X-men : days of future past de Bryan Singer(sortie le 21 mai)


Maintenant que X-men : le Commencement et dans une moindre mesure Wolverine : le combat de l’immortel ont relancé la franchise des mutants de Marvel Comics, X-men : Days of Future Past a tout l’air d’une apothéose. Si la base solide de l’arc narratif original du comic book adapté est un gage d’espoir pour les fans, le retour de Bryan Singer aux commandes (qui a signé le meilleur film de la série avec X2) a de quoi réjouir également. Et surtout, le métrage est l’occasion de réunir le casting le plus époustouflant de l’année : Ian McKellen, Patrick Stewart, Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender, Hugh Jackman, Jennifer Lawrence et l’exceptionnel Peter Dinklage, pour ne citer qu’eux !


Under the skin de Jonathan Glazer (sortie le 25 juin)



Je guetterai le film de Glazer en partie parce que l’idée de caster Scarlett Johansson en extraterrestre prédatrice sexuelle me paraît excellente, et surtout parce que la bande-annonce laisse présager un ovni à l’ambiance hallucinatoire et lynchienne. Oui, David Lynch au cinéma me manque…


Les gardiens de la galaxie  de James Gunn (sortie le 13 août)


Je n’ai jamais lu la série de comics dont le film est adapté et pour l’instant peu d’éléments ont filtré sur ce troisième projet Marvel de 2014. Cependant, la promesse d’une aventure galactique et épique et la présence d’un raton laveur extraterrestre aux gros flingues (avec la voix de Bradley Cooper) parmi les personnages principaux suffisent amplement à provoquer mon enthousiasme. J’attends des Gardiens de la galaxie d’être le film le plus « fun » de 2014, ni plus ni moins.


Hercule de Brett Ratner (sortie le 27 août)


Comme je l’ai rappelé plus haut, il n’y aura finalement pas de Fast and furious cette année. Chaque occasion de voir l’inénarrable Dwayne Johnson  dans d’autres films sera donc à guetter, et en premier lieu cet Hercule. Tant pis si le film est réalisé par un faiseur peu inspiré d’Hollywood, voir l’ancien catcheur devenu « action hero » charismatique incarner le demi-dieu grec est un événement à ne pas manquer.


Interstellar de Christopher Nolan (sortie le 5 novembre)


La trilogie Batman bouclée, la saga Superman lancée, Christopher Nolan peut revenir à des projets plus personnels. Le teaser d’ Interstellar ne dévoile pas grand chose, mais il est bon de rappeler que les deux derniers films réalisés par Nolan à partir d’histoires entièrement conçues par lui-même sont Memento et Inception. On est impatients de voir ce qui fera suite à ces deux réussites majeures.


Le Hobbit : histoire d’un aller et retour de Peter Jackson (sortie le 17 décembre)


Le deuxième volet des aventures de Bilbo n’a pas eu les honneurs de faire partie de mon top 10 de 2013, mais était à la hauteur de celui qui l’a précédé. La conclusion du Hobbit devrait en toute logique clôre de façon épique et merveilleuse un divertissement de grande qualité, et mettre un point final à une trilogie qui, combinée au Seigneur des anneaux, constitue la meilleure saga de films d’aventure du 7ème art (ce statut ne peut raisonnablement revenir à Star Wars, la faute à une « prélogie » au mieux inégale).


Hors catégorie : le film que je suis impatient de revoir

Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (sortie le 19 février)


Vu à Cannes l’année dernière, le dernier film de Jim Jarmusch est d’ores et déjà un candidat sérieux au titre de meilleur film de 2014. D’une classe folle, Only Lovers Left Alive met en scène un des couples les plus beaux vus au cinéma depuis longtemps, des immortels romantiques incarnés par un Tom Hiddleston et Tilda Swinton dignes des plus grandes icônes pop. A la fois légère et d’une grande intelligence, cette comédie mélancolique redonne ses lettres de noblesse à une figure vampirique assez malmenée dernièrement.

25/01/2014

2013 en 10 films (5-1)

5- Wadjda


Premier film tourné en Arabie Saoudite, Wadjda dépeint une société aux mains d’hommes qui ne laissent que peu de libertés d’expression aux femmes ; sa réalisatrice, Haifaa Al Mansour, a du ainsi en diriger les scènes d’extérieur à distance, dissimulée dans une camionnette. Mais il serait réducteur de limiter ce métrage attachant à un simple pamphlet, pour indispensable qu’il soit : d’abord parce que loin de tout manichéisme, le film décrit avec une grande finesse les rapports homme / femme dans l’Arabie Saoudite ; et surtout parce que Wadjda nous touche en contant l’aventure ordinaire d’une enfant pas si éloignée de nous qui rêve juste de pouvoir s’acheter une bicyclette comme les garçons.

Points forts : un message d’espoir magnifique sur l’indépendance à venir de femmes opprimées, la plus belle séquence finale de l’année


4- Le Congrès


5 ans après Valse avec Bashir, étonnant dessin animé documentaire, Ari Folman est revenu cette année avec un métrage à la forme tout aussi originale et passionnante. Film live puis dessin animé aux couleurs chatoyantes, Le Congrès gagne sur les deux tableaux, proposant un univers de science-fiction fascinant où les acteurs de cinéma vendent leur image de façon irrémédiable. A-t-on encore besoin des interprètes (souvent bien trop payés, comme l’a si bien fait remarquer Vincent Maraval)? Le retour éblouissant de Robin Wright dans un premier rôle est-il le chant du cygne d’une race en voie de disparition? Peu probable, et tant mieux, tant la force émotionnelle du Congrés repose sur son actrice principale.

Points forts : deux scènes d’une beauté bouleversante : une où Robin Wright montre toute la palette de son expressivité avant d’être absorbée par l’obscurité, et la renaissance finale où l’actrice choisit enfin sa place


3- Snowpiercer : le Transperceneige


J’attendais avec une appréhension les films des génies coréens Park Chan Wok et Bong Joon Ho. Si le premier s’est fait mettre sous cloche par Hollywood, comme le suggère le générique de son Stoker brillant par intermittences et finalement assez ennuyeux,  le deuxième se sort avec les honneurs de l’exercice périlleux du film au casting international. Snowpiercer bénéficie d’une mise en scène inventive, d’une interprétation exemplaire (Song Kang-Ho toujours phénoménal, Chris Evans intense, John Hurt impérial, Tilda Swinton géniale dans le grotesque) et d’un rythme effréné. Petit bémol : si le film explore avec délectation les zones d’ombre d’un scénario post-apocalyptique et fait preuve d’une énergie sauvage renversante, le retour relatif à l’ordre lors de la dernière partie, pas mauvaise mais trop explicative, est décevant. 

Point fort : la confrontation du groupe d’insurgés avec des hommes cagoulés, mise en scène avec une inventivité bluffante


2- Blue Jasmine


A force de proposer imperturbablement un film par an, Woody Allen peut provoquer une lassitude, et ses dernières réussites tenaient de la balade agréable (en Espagne pour Vicky Christina Barcelona, dans Paris et le passé pour Minuit à Paris), loin du niveau d’accomplissement de ses chefs d’oeuvre polyphoniques et ambitieux des années 80 (Hannah et ses soeurs ou Crimes et délits). Diamant noir, Blue Jasmine est un véritable retour en force de son auteur, assisté par une Cate Blanchett extraordinaire qui mérite toutes les récompenses. Ce qui fait aussi le prix de cette comédie d’une férocité réjouissante, c’est la lucidité de Woody Allen qui nous dévoile ce qui sous-tend la logorrhée inépuisable  qui caractérise nombre des personnages qu’il a incarné : la folie.

Point fort : l’explosion désespérée de l’héroïne incarnée par Blanchett confrontée au départ son mari, une scène d’une intensité émotionnelle rare chez Woody Allen


1- Cloud Atlas


On n’attendait plus grand chose des Wachowski, et voilà qu’accompagnés de Tom Tykwer  ils livrent le film le plus stimulant de l’année, une oeuvre somme à l’image du roman dont elle est adaptée. Film en costumes, drame, comédie, thriller, film de science-fiction, Cloud Atlas est tout cela à la fois, mêlant miraculeusement une multitude de récits dans un ensemble esthétique cohérent, au moyen de montages parallèles qui relèvent de la prouesse. Le message final a beau être un peu convenu, le plaisir ludique procuré au spectateur par ce film total tient à sa folle ambition et à l’enthousiasme communicatif des acteurs (Tom Hanks avec son accent cockney est un sommet comique). Osant le kitsch et un mélange des genres jubilatoire, Cloud Atlas a l’étoffe des films culte dont on pardonne tous les défauts.

Point fort : difficile d’extraire un récit de cette symphonie époustouflante, mais ma préférence va à celui mettant en scène le compositeur du Cloud Atlas Sextet

24/01/2014

2013 en 10 films (10 -6)

10- The Grandmaster 


Le dernier film de Wong Kar-Wai a les honneurs de figurer dans ce top, mais il s’agit néanmoins du film le plus frustrant de l’année. Le métrage a beau être visuellement sublime, le récit des vies des légendes du kung fu Ip Man et Gong Er laisse le spectateur sur sa faim, tant des pans entiers de la narration semblent manquer, laissant notamment de côté un troisième protagoniste au potentiel narratif inexploité. Poème sensoriel envoûtant, pareil à une rêverie d’opium, The Grandmaster aurait bénéficié d’une structure narrative et d’enjeux plus clairement définis. Restent des personnages  charismatiques qui stimulent l’imagination, et un souffle lyrique digne des plus grands Sergio Leone.

Point fort : une dernière partie, construite autour de la dernière rencontre entre Ip Man et Gong Er, d’une beauté mélancolique saisissante


9- Les Garçons et Guillaume, à table ! 


Le premier film de Guillaume Gallienne, adapté de son spectacle, a été le succès français surprise de l’année avec plus de 2 millions d’entrées. Nul doute que le talent de l’acteur et l’originalité du propos de son récit ont créé un phénomène de bouche-à-oreille favorable, bien mérité. Bénéficiant d’un texte soigné, Les Garçons et Guillaume, à table ! est une comédie globalement réjouissante, à laquelle on pardonne une ou deux facilités (la scène avec Diane Kruger à la station thermale, un peu « grosse » tout de même). Là où la comédie française est souvent cynique, Gallienne livre un autoportrait certainement romancé mais d’une sincérité rafraichissante, qui se dévoile sur sa fin comme un hommage vibrant.

Point fort : Guillaume Gallienne, fabuleux acteur-narrateur


8- A Touch of Sin 


Balade passionnante à travers une Chine en proie aux tensions sociales, le film de Jia Zhang Ke propose quatre récits inspirés de faits divers violents. Si A touch of Sin ressemble au final plus à un recueil de courts métrages qu’à un long métrage homogène (peu de liens sont tissés entre ses parties), ce défaut est compensé par la force individuelle de chaque épisode. Le tableau très noir et assez glaçant, qui aurait été pesant sur a longueur, est sauvé par un ton tragi-comique (dans le premier récit avec l’ancien mineur, dans un autre avec une parade militaire grotesque) ou des élans lyriques surprenants (un feu d’artifice éblouissant, une charmeuse de serpents).

Points forts : le tableau ambitieux d’un pays en crise, la grandeur romanesque donnée aux protagonistes ordinaires des quatre récits


7- Gravity


On lui prédit une flopée d’oscars, et à raison. Par la seule force de sa mise en scène, Alfonso Cuaron parvient à créer une immersion époustouflante dans l’espace, faisant oublier toute la logistique qui a permis la création des images sublimes qu’il donne à voir au spectateur. Film techniquement impressionnant, offrant la 3D la plus convaincante à ce jour, Gravity a aussi le culot de dissimuler ses deux stars glamour sous des combinaisons d’astronautes pendant près d’une heure, ne nous faisant percevoir ses personnages que par leur seule voix. Si je suis pour ma part resté un peu extérieur au récit, que j’ai trouvé un peu trop basique et répétitif, je reconnais volontiers que l’aboutissement esthétique du film de Cuaron en a fait l’expérience cinématographique incontournable de l’année.

Points forts : un brio de mise en scène à couper le souffle, l’image de Sandra Bullock s’éloignant dans l’obscurité de l’espace (déjà un des plans les plus marquants de l’histoire du cinéma)


6- Le géant égoïste


Dans le géant égoïste, comme dans le très bon Fish Tank il y a quelques années, les chevaux représentent un rêve de fuite impossible d’un marasme social implacable : on voit là planté le décor de tout un pan du cinéma anglais, dans la lignée de Ken Loach. Le premier film de Clio Barnard retrouve un peu de la beauté désespérée de Kes, un des premiers films de Loach qui mettait en scène un jeune adolescent dont les deux jeunes protagonistes du géant égoïste sont en quelque sorte les héritiers. Peinant à s’intégrer au système scolaire, Arbor et Swifty préfèrent subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs mères désemparées en récupérant (ou en dérobant) des métaux pour le ferrailleur Kitten. D’une grande dureté, le film de Barnard prend à la gorge, dresse le tableau d’un monde impitoyable où la tendresse et la compassion n’ont plus de place. Le tout est cependant sauvé de l’austérité par l’énergie de ses deux interprètes principaux et le regard profondément humaniste de sa réalisatrice qui nous offre le dénouement le plus émouvant de l’année. Soyez prévenus, vous finirez en pleurs.

Point fort : un duo de jeunes héros inoubliables

30/05/2013

Souvenirs de Cannes : de "Inside Llewyn Davis" à "La vie d'Adèle", enthousiasmes et déceptions


Durant ma première expérience à Cannes sur les derniers jours du festival, j’ai pu me rendre compte du défi que constituait l’événement pour le critique de cinéma. A raison d’un film le vendredi et de trois le samedi et le dimanche, j’ai un peu enchaîné les projections sans avoir pour autant le temps de bien laisser murir et reposer dans mon esprit les films qui étaient proposés. Voilà cependant mes premières impressions quelques jours à l’issue du festival, histoire de « teaser » sur une partie des films qui arriveront sur nos écrans et créeront l’événement (ou non) les prochains mois.


Michael Kohlhaas


Avec cette adaptation d’un roman allemand qui relate la rébellion d’un baron au 16ème siècle, Arnaud des Pallières signe un western aux images sublimes, en utilisant à merveille les paysages sauvages du Vercors ou du Gard. Rigoureux et exigeant, le métrage peut être décrit comme un croisement fascinant entre le cinéma de Bruno Dumont et Le guerrier silencieux, auquel renvoie la présence de Mads Mikkelsen ainsi qu’une économie dans les dialogues. La première heure du film fait se succéder des séquences d’une puissance visuelle impressionnante, entre la mise à bât d’une jument, la prise violente d’un château ou l’incendie d’un couvent de nuit, ou une bataille vue au loin sur un plateau venteux. A la fois sobre et spectaculaire, le film est alors servi par une narration précise et efficace. La deuxième heure plus dialoguée est moins convaincante, à partir d’une très longue scène où un prêtre met le personnage principal face aux conséquences de ses actes : l’interprétation des acteurs a beau être exemplaire, le film souffre finalement de longueurs et conduit vers un épilogue un peu attendu. Reste que des Pallières donne à son film une texture passionnante, aussi bien au niveau visuel qu’au niveau sonore, le casting international permettant d’obtenir un jeu de contrastes sur les voix et les accents saisissant.


La Vénus à la fourrure


En 2002 Roman Polanski créait l’événement  sur la Croisette avec Le Pianiste ; pour son retour 11 ans plus tard, on est loin de l’envergure de ce chef d’œuvre, ou même de celle de l’excellent Ghost Writer. La Vénus à la fourrure s’inscrit plutôt dans la directe lignée de Carnage, et propose une adaptation d’une pièce américaine inspirée du roman de Leopold von Sacher-Masoch. Si l’esthétique théâtrale du film empêche un réel enthousiasme, l’affrontement psychologique tendu entre une actrice vulgaire aux aptitudes inattendues (Emmanuelle Seigner excellente, ambiguë et sensuelle) et un auteur/ metteur en scène tyrannique (Mathieu Amalric, sans surprise mais efficace, comme un double du réalisateur) produit une énergie  qui rend l’exercice plus convaincant que Carnage. Polanski ose la provocation jusqu’au mauvais goût et au kitsch, conférant à son métrage une folie qui manquait un peu à son dernier film un peu trop sage. A l’occasion d’un final plutôt surprenant, le cinéaste convoque les obsessions au cœur de son œuvre (sexe, mort, perversions, folie) dans un carnaval grand-guignolesque assez réjouissant qui a l’avantage de ne pas trop s’embarrasser d’un esprit de sérieux. Un petit film donc, dont on ne comprend pas vraiment la présence en sélection officielle, mais un divertissement intellectuel efficace (et après la courte nuit que j’avais passé, un film bienvenu !).


The Immigrant


On n’avait plus eu de nouvelles de James Gray depuis son magnifique et sensible Two Lovers il y a cinq ans : c’est dire si son nouveau film était attendu.  Au final, le résultat est franchement décevant, le réalisateur livrant un film d’époque sans surprise, d’une beauté statique qui provoque assez vite l’ennui. James Gray se confronte au grand sujet de l’immigration aux Etats-Unis mais n’en fait pas grand chose, propose l’histoire convenue d’une polonaise (Marion Cotillard) qui tombe dans les griffes d’un souteneur (Joaquin Phoenix). Le vrai problème du métrage tient au point de vue choisi par l’auteur, celui d’un personnage féminin victime déjà vu là où il aurait été plus fructueux de favoriser celui de son tortionnaire peu à peu transformé par sa rencontre avec elle. Le manque d’intérêt ressenti pour le sort de l’héroïne du film, reporté sur des personnages masculins plus ambigus, tendrait à démontrer que Gray est un cinéaste d’hommes, dont le genre de prédilection reste le polar (de Little Odessa à La nuit nous appartient). A noter malgré tout que le dernier plan de The Immigrant est peut-être le plus beau qu’il m’ait été donné de voir au festival : on tient alors enfin une image qui s’échappe de l’académisme qui l’entoure.


Only Lovers Left Alive



Mon coup de cœur de Cannes, tout simplement. Un film sublime, poétique, rock’n’roll et hilarant, un vent d’air frais. A partir du mythe rebattu des vampires, Jim Jarmusch livre un métrage euphorisant qui explore les possibilités de la vie éternelle et met en scène un couple iconique : lui est un musicien surdoué qui reste dans l’ombre, elle est une intellectuelle amoureuse des écrits de l’humanité qu’elle choisit avec minutie avant de partir en voyage. Tom Hiddleston et Tilda Swinton incarnent ces personnages pop et romanesques avec un naturel bluffant, soutenus par une distribution hors pair (John Hurt, Mia Wasikowska). L’ambiance de Only Lovers Left Alive n’est pas sans rappeler le chef d’œuvre de la bande dessinée Sandman de Neil Gaiman où des êtres éternels fréquentaient les mortels à travers les âges : on trouve au cœur du film le même fantastique teinté d’ordinaire et la même profonde humanité. Il y a une nostalgie poignante au cœur du film de Jarmusch qui évoque le caractère éphémère du monde, la dégradation inéluctable qui est l’œuvre du temps (comme lors de l’exploration d’un Detroit à la gloire disparue), mais il y a aussi cet espoir de partir à la recherche de la beauté et de la trouver. Si l’on ajoute à cela une photographie d’une élégance renversante, une bande originale extraordinaire et une mise en scène minimaliste et précise, on a là le grand oublié de Cannes.


Inside Llewyn Davis


On se demande ce qui a bien pu motiver le jury à accorder le Grand Prix du festival au dernier opus des frères Coen. Rien que la présence du film en sélection officielle relève d’une imposture, tant les Coen semblent n’avoir rien à dire de nouveau. Pour Inside Lelewyn Davis ils se contentent d’aligner les scènes sans développer aucun des fils narratifs qu’ils mettent en place. Aucune surprise, aucune vitalité, aucune réelle envie de cinéma ne se dégage de l’ensemble. Qu’apporte de  neuf ce énième portrait d’un héros ordinaire, magnifique « loser », si on le compare aux grands films que sont Barton Fink, The Big Lebowski et A Serious Man ? Premièrement : les parties musicales vecteurs d’émotions dans le récit, seul élément qui vient timidement relancer l’intérêt, mais d’une efficacité bien trop ponctuelle. Deuxièmement : un chat qui faisait réagir une bonne partie de la salle d’un rire attendri. Quand je vous disais que les Coen n’avaient rien à dire, ils sont tombés au niveau des vidéos de chats sur internet.


La vie d’Adèle


Un grand film et une palme d’or largement méritée. Pourtant le début du film de Kechiche était loin de me convaincre, entre scènes de classe avec un parfum de déjà-vu (on pense à L’esquive du même auteur mais aussi  à Entre les murs de Laurent Cantet, palme de 2008) et déjeuner en famille interminable. Les fragments quotidiens se succèdent, sans qu’on comprenne bien leur nécessité narrative (comme ses plans sur Adèle endormie). Et puis peu à peu on se laisse gagner par une histoire ordinaire mais qu’on a l’impression de voir pour la première fois ; et soudain l’émotion prend par surprise, submerge. Et le film se termine sans qu’on ait vu passer les trois heures.  Comme il l’a si bien dit en recevant la palme, Abdelatif Kechiche travaille en prenant son temps, et son film pourrait être comparé au travail des pointillistes, à la recherche des détails qui donneront forme à un tout transcendant. Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux sont extraordinaires de justesse, mais elles sont aussi dirigées de main de maître par un cinéaste qui parvient à parler à notre vécu : rarement on aura vu les affres du désir et de l’amour décrits avec une telle finesse et une telle intensité. Un film bouleversant et essentiel.


Tel père tel fils


Après le touchant I wish : nos vœux secrets qui mettait en scène la séparation d’enfants suite au divorce de leurs parents, Hirokazu Kore-Eda poursuit avec Tel père tel fils l’exploration de la crise familiale au Japon à travers un récit d’enfants échangés à la naissance. La douceur mélancolique du précédent film laisse place ici à une critique sociale plus acide : le récit dresse le tableau frappant d’une bourgeoisie japonaise obnubilée par la réussite qui tyrannise et délaisse ses enfants malgré elle, et des tensions de classe palpables qui se révèleront à la source du drame. Plus dur et moins aimable que I wish ou Still Walking, Tel père tel fils témoigne malgré tout au final du bel humanisme et de la générosité d’un artiste précieux, salué par un Prix du jury mérité.

29/05/2013

Souvenirs d'un premier Cannes : "people" et chasse aux invitations

Plus de dix ans que j’en rêvais et cette année, je l’ai enfin fait, je suis allé à Cannes avec accréditation  en poche et quelques amis.  Précision d’importance : il s’agissait d’une accréditation « découverte » qui nous donnait accès au « marché du film » et aux séances pour les 4 derniers jours du festival seulement. Les journées s’annonçaient donc intenses pour rattraper une semaine de retard mais le sésame magique était bien concret.


Arrivée le 23 mai en début d’après-midi, on rejoint notre hôtel en centre ville (très important !) puis on se pose pour manger tranquillement au bord de la plage et destination le palais des festivals pour retirer nos accréditations et visiter le marché du film. La plupart des professionnels sont sur le départ, on sent la fin du festival proche, mais quelques distributeurs sont encore fidèles au poste à leurs stands. En ressortant vers 18H, nous tombons sur la montée des marches pour Nebraska d’Alexander Payne. Une jeune femme bien habillée cherche des personnes pour l’accompagner sur le tapis rouge mais nos habits de soirée sont restés à l’hôtel donc c’est loupé (erreur de débutants !). Nous restons donc au bord des marches, ce qui nous permet d’apercevoir Ang Lee accompagné de Nicole Kidman au loin. Puis j’entends une agitation derrière moi,  je me retourne et vois Afida Turner en train de discuter avec des vigiles pour qu’ils la laissent entrer dans le palais des festivals. Je m’en amuse avec mes amis. Quelques minutes plus tard, on la verra entourée de vigiles en costumes de soirée près de l’accès au tapis rouge sans comprendre qu’elle vient de se faire exclure de ce dernier. 


En ce qui nous concerne, nous décidons de rentrer à l’hôtel et de ressortir plus tard pour la projection publique du Grand Bleu sur la plage et le concert d’Eric Serra, tous deux annulés pour cause de vent. Pas grave, nous rencontrons des amis en tenue de soirée sortis pour aller en club. Et croyez-le ou non, je rentre au VIP Room en T-shirt et veste sport usée : il faut dire qu’il n’est que 22H00 et que le club n’est peut-être pas encore trop select. À l’intérieur, l’ambiance est assez unique, entre jeunes femmes en costume portant des torches et pole danseuses : les boissons sont hors de prix (40 euros pour une bouteille de rosé quelconque) et fatigués de la journée (lever à 5h00 pour prendre le train pour Cannes) nous retournons à l’hôtel vers 0h30. Nous apprendrons le lendemain que Redfoo de LMFAO et will.I.am sont passés après nous dans la nuit. 

Le lendemain, on rentre dans le vif du sujet : car plus que les fêtes des clubs de Cannes, mon rêve de festival a toujours été plutôt de découvrir les films attendus en exclusivité (je suis un cinéphile impatient…). Nos badges ne nous permettent pas de réserver les séances donc la mission du jour est d’obtenir des places pour The Immigrant de James Gray et Michael Kohlhaas d’Arnaud des Pallières avec Mads Mikkelsen : on se munit de pancartes et on fait le pied de grue devant le Palais du festival en compagnie de dizaines d’autres candidats, accrédités ou non. En persévérant ça marche et mes compagnons parviennent à obtenir des places pour la séance de l’après-midi de The Immigrant


En ce qui me concerne, je préfère me rendre à la reprise de La vie d’Adèle, m’installe pour faire la queue pendant 1h30 avant de me faire refuser l’entrée ainsi qu’une centaine d’autres personnes. Déception terrible rattrapée par une petite joie lorsque dans la file de dernière minute pour l’entrée à The Immigrant (je n’entrerai pas non plus) une productrice, avec qui j’entame la conversation, m’offre une place pour la séance de La Vénus à la fourrure de Roman Polanski à 9h le lendemain matin. Espoirs contrariés et bonnes surprises, c’est un peu ça le jeu de la chasse des places aux projections de Cannes. Tandis que mes amis regardent The Immigrant, c’est donc reparti pour le « sitting » avec pancartes pour Michael Kohlass : on sympathise à l’occasion avec les autres chasseurs de place et les vigiles de l’entrée qui nous regardent d’un air bienveillant. 


A 18h00, la liesse est générale lorsque les places sont obtenues pour la séance du film d’Arnaud des Pallières de 22h00 avec tenue de soirée obligatoire (costume noir / smoking, chemise blanche nœud papillon pour les hommes). La montée des marches en tenue classe a quelque chose d’impressionnant, le personnel nous presse pour que nous avancions mais on a le temps de prendre quelques photos. Parmi les spectateurs, le réalisateur et Mads Mikkelsen sont présents, accompagnés de Denis Lavant, Bruno Ganz, Sergi Lopez et Amira Casar : il y a bien aussi l’immonde Joe Jackson et les improbables Igor et Grichka Bogdanov présents sur le tapis rouge pour une raison que je peine à m’expliquer, mais peu importe. La salle s’éteint, mon fantasme cinématographique peut commencer. Les sept films que j’ai vus de vendredi soir à l’après-midi dimanche ne m’ont pas laissé le temps de profiter des clubs de Cannes, mais je suis bel et bien rentré des rêves pleins la tête.

A suivre... 

PS : remerciements à Zhe-min Zhou pour les photos

16/05/2013

Gatsby le magnifique : let's start the party !

4 / 5


12 ans après Moulin Rouge, Baz Luhrman a eu une seconde fois l’honneur d’ouvrir le festival de Cannes avec Gatsby le magnifique. Le contrat glamour était largement rempli pour le défilé sur le tapis rouge : aux côtés du réalisateur, Leonardo DiCaprio et Carey Mulligan et la mégastar indienne Amitabh Bachchan ont assurément fait le bonheur des paparazzis et de la presse people. Si l’on ajoute que Cannes fête cette année les cent ans du cinéma indien, l’occasion d’avoir sur scène l’acteur emblématique de Bollywood des années 70 à aujourd’hui lors de la cérémonie d’ouverture était trop belle pour être manquée. Le coup d’envoi du festival était donc parfait sur le papier, mais le film est-il à la hauteur de l’événement ?


Il vaut mieux juger le film de Baz Luhrman sur ce critère plutôt que de le comparer au chef d’œuvre dont il est l’adaptation. Gatsby le magnifique de F. Scott Fitzgerald est une œuvre incontournable aux Etats-Unis, un monument de la culture américaine étudié au collège ou au lycée. Baz Luhrman semble dans les premières minutes encombré par l’œuvre d’origine, justifiant le procédé de narration à la première personne présent dans le roman de Fitzgerald par une mise en place laborieuse : Nick Carraway (Tobey Maguire) fait le récit de la vie de Gatsby dans le cadre d’une cure de désintoxication à l’alcool. Si ce procédé permet de convoquer le texte sublime de Fizgerald, il n’est pas exempt d’une certaine lourdeur, comme une fausse bonne idée pour rendre la structure du roman plus cinématographique. Les retours du film à la narration au présent, suivant la guérison de Carraway par l’écriture et son identification progressive en auteur jumeau de Fitzgerald, est une mise en abyme dispensable, inutilement explicative. Ces premières réserves  évoquées, on est malgré tout emporté après ce démarrage difficile par l’énergie que dégage la plus réjouissante adaptation de Gatsby le magnifique à ce jour.



L’adaptation de 1974 du roman, avec Robert Redford et Mia Farrow, souffrait d’un académisme auquel échappe Baz Luhrman grâce à une mise en scène ébouriffante et inventive. Le film se retrouve peu à peu traversé de moments de grâce magnifiques, telles que la première apparition  éthérée de Daisy (Carey Mulligan) au milieu de rideaux flottants dans le vent ou une séquence de beuverie dans les bas quartiers qui donne l’occasion d’un kaléidoscope d’images enivrant. Luhrman trouve des équivalents visuels au roman de Fizgerald d’une grande justesse, et le climax de ce premier mouvement est la fête organisée par Gatsby, moment de bravoure qui aboutit à la découverte spectaculaire du personnage éponyme. Le temps se suspend, on est devant du grand cinéma baroque à la hauteur de Michael Powell ou Ken Russell.

Les idées fusent au rythme de voitures lancées à pleine vitesse, celui des « années folles » décrites par Fitzgerald. Loin de se contenter d’illustrer avec brio le roman d’origine, Luhrman l’interprète, en accentuant par exemple l’humour entourant la rencontre de Gatsby et Daisy, qui rend la scène d’autant plus touchante et vibrante. Le réalisateur fait même preuve d’une sobriété maîtrisée inattendue lorsque la tension dramatique de l’intrigue arrive à son comble : le bruit des coups donnés par un pic en glace au milieu du silence suffit alors à dire l’imminence de l’éclatement des conflits.  On peut regretter dans la dernière partie du film quelques afféteries de mise en scène malvenues, mais il ne s’agit là que des défauts des qualités d’un cinéaste passionné et donc parfois excessif.


Au delà de son style renversant, un des atouts majeurs du métrage de Baz Luhrman est un casting impeccable.  Au premier rang, à la fois solaire et tourmenté, Leonardo DiCaprio s’impose comme une évidence en Jay Gatsby, mais Tobey Maguire, Carey Mulligan et Joel Edgerton sont tous excellents. Avec sa bande originale moderne aux pépites éclectiques (ma préférence  va aux reprises de Love is the Drug et Love is Blindness, mais il y en a pour tous les goûts), Gatsby le magnifique est un film d’une belle vitalité, un feu d’artifice idéal pour inaugurer cette 66ème édition du festival de Cannes.

En bref : une bonne adaptation d'un classique de la littérature, à voir


23/03/2013

A la merveille / Spring Breakers : objets formels un peu vains


 A la merveille : 2,5 / 5
 Spring Breakers : 2 / 5

Auteurs indépendants, les américains Terrence Malick et Harmony Korine se retrouvent avec leurs derniers films à un tournant de leur œuvre. Le premier, cinéaste reclus et mystérieux qui refuse d’accorder des entretiens à la presse, sort A la merveille seulement deux ans après The Tree of Life alors qu’il nous avait habitué à une attente d’au moins 5 ans entre chacun de ses métrages (20 ans de silence entre Les Moissons du ciel et La ligne rouge). Le second, à l’œuvre jusque-là plutôt confidentielle, se retrouve propulsé au premier plan médiatique avec Spring Breakers dans lequel d’anciennes égéries Disney sont transformées en nymphettes aguicheuses.  Un monde sépare les films de Malick et Korine sortis il y a  deux semaines mais ils ont en commun d’être des expériences de cinéma singulières qui échouent malheureusement à emporter l’adhésion. 


Au cœur des métrages on trouve des partis pris stylistiques forts  qui semblent diamétralement opposés au premier abord : la lumière naturelle filmée par Malick est aux antipodes des éclairages artificiels privilégiés par Korine ; l’impression de douceur esthétique d’ A la merveille contraste avec l’agressivité kitsch des images de Spring Breakers. Ces traitements visuels bien distincts sont attendus car les hésitations sentimentales et métaphysiques décrites par le film de Malick ont peu en commun avec la virée décérébrée de quatre filles en Floride que nous raconte Harmony Korine.


Un rapprochement esthétique s’opère pourtant par un recours commun à la fragmentation, avec il est vrai à la base deux conceptions bien différentes : il s’agit dans A la merveille de capter l’instant éphémère dans toute sa brièveté tandis que Spring Breakers vise  à reproduire le rythme saccadé de la musique électronique et le rap ainsi qu’à trouver un équivalent cinématographique au sampling, par des effets de répétition. Paradoxalement, l’univers sonore et musical admirable des deux films est aussi leur talon d’Achille, ce par quoi on peut pointer le problème qu’ils soulèvent : où s’arrête le récit qui fait sens et où commence le clip purement formel ?


A la merveille part d’un récit de relations sentimentales contrariées pour élargir son propos à une réflexion sur la difficulté de la foi religieuse et à une thématique de corruption de la nature à travers l’empoisonnement de sols. Si ces pistes narratives peuvent être intéressantes, elles sont malheureusement à peine traitées, et le cinéaste préfère enchaîner des scènes de couple d’un romantisme tombant souvent dans les clichés. Entre deux murmures de voix off des personnages qui errent dans les champs ou sur la plage, le regard perdu au loin sur fond de Bach, Wagner ou Dvorak, la tentation d’insérer des noms de parfum est hélas croissante au fur et à mesure que l’ennui gagne. Lorsqu’un message affleure avec un personnage d’italienne « bobo » anti-matérialiste qui jette le sac à mains de l’héroïne, on sombre dans le ridicule. Si The Tree of Life avait ses moments d’égarement (la découverte de la compassion par les dinosaures), le film était sauvé par les visions oniriques (Jessica Chastain virevoltant dans les airs ou la réunion finale des personnages sur une plage) et la matière mystérieuse et hypnotique des images du cosmos qui manquent ici cruellement. En confrontant son lyrisme au réel et au contemporain, le cinéaste se perd avec A la merveille dans une poésie banale qui ne tient que par le brio formel.


Le métrage de Terence Malick peut laisser une impression de coquille vide à son insu, Spring Breakers fait par contre de la vacuité un élément central. Les héroïnes qui décident de braquer un restaurant « comme dans un jeu vidéo » n’aspirent qu’à des bacchanales printanières dont la vulgarité confinant à l’absurde est exposée dans la vision que nous en offre le réalisateur dès les premières minutes du film. On s’attend alors que la rencontre des héroïnes avec le milieu des trafiquants de drogue en Floride soit l’occasion d’un dur retour à la réalité pour les jeunes filles bercées d’illusions : il n’en est rien et on pourrait alors saluer une certaine originalité dans le récit inventée par Korine. Pourtant Spring Breakers est finalement peu surprenant et très vite lassant, la faute à une mise en scène distanciée et à une artificialité de tous les instants. Jamais on n’est impliqué dans un récit dont les invraisemblances incessantes  nous font continuellement décrocher : une héroïne catholique pratiquante (qu’allait-elle donc chercher au « spring break », le mystère ne sera jamais vraiment éclairci) laisse ainsi un message à sa grand-mère à qui elle propose de l’accompagner l’année suivante, mais surtout la résolution du film est complètement improbable. Korine ne s’embarrasse pas d’inscrire son film dans aucune réalité ou psychologie, c’est son droit, mais Spring Breakers se limite alors à une bande d’acteurs qui font semblant, avec en premier lieu des actrices Disney qui se dévergondent très gentiment et jouent les « bitches » sans provoquer le moindre effroi chez le spectateur assoupi. 


Ni A la merveille, ni Spring Breakers ne convainquent donc dans le survol de leurs thèmes et de leurs personnages au profit de la pure forme : le montage par fragments des deux films devient alors le symbole d’une impossibilité pour le spectateur à s’impliquer dans les récits. Mais le métrage de Terrence Malick a l’avantage d’être une oeuvre sincère malgré ses nombreux défauts, tandis que le cynisme prétentieux de Harmony Korine, le mépris affiché pour ses personnages majoritairement débiles, laisse un goût très amer une fois la fantaisie pop arrivée à son terme.