16/01/2015

Mes rendez-vous au cinéma pour 2015

Frank de Lenny Abrahamson (sortie le 4 février)



D’abord, cette comédie dramatique britannique décallée sur un groupe de pop avant-gardiste peut faire du bien aux oreilles. Mais si on ira voir Frank c’est surtout pour ses acteurs. D’une part ce sera l’occasion de voir à l’œuvre Domnhall Gleeson (fils de Brendan) avant de le retrouver dans deux films de science-fiction plus tard dans l’année, l’intriguant Ex Machina puis le septième épisode d’une saga sur laquelle on reviendra plus tard. Et d’autre part Michael Fassbender en leader de groupe affublé d’une tête en papier maché… inutile d’en dire plus.


American Sniper de Clint Eastwood (sortie le 18 février)




La cuvée Eastwood de 2014 était un biopic de groupe dont le géant américain s’est sorti avec les honneurs. On attend avec impatience qu’il nous relate le destin d’un « snipper » virtuose de la guerre en Irak. Ce héros sombre sera interprété par un Bradley Cooper qui change de registre après ses partitions plus légères en 2014, en agent du FBI bouffon dans American Bluff  ou en raton de l’espace dans Les Gardiens de la Galaxie. On espère un film à dimension humaine, une de ses explorations touchantes des blessures d’un individu auxquelles le cinéaste nous habitué.


Réalité de Quentin Dupieux (sortie le 18 février)




Wrong était un des films les plus galvanisants de 2014, faisant preuve d’une folie et d’une irrévérence jubilatoire. Mais si Quentin Dupieux maîtrise l’exercice du film brouillon et anarchique, s’en sortira-til aussi bien avec un scénario plus construit ? La présence du parrain d’humour Alain Chabat est assez rassurante et si le film réserve d’autres répliques à la hauteur de « Kubrick mes couilles », Réalité pourrait être la comédie indépendante à succès qui rajeunirait ce genre un peu moribond dans le cinéma français.


Birdman de Alejandro Gonzales Inarritu (sortie le 25 février)




Michael Keaton est de retour avec un Golden Globe ! Birdman semble à même de réjouir les nostalgiques des Batman de Tim burton mais dépasse à l’évidence ce simple cahier des charges. L’accueil critique du film aux Etats-Unis a été dithyrambique, et on peut faire confiance au mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu (21 grames, Babel, Biutiful) pour nous livrer une des œuvres les plus marquantes de l’année à venir.


Big Eyes de Tim Burton (sortie le 25 mars)



Retour de Micheal Keaton au premier plan et peut-être retour en grâce de Tim Burton. C’est tout le mal qu’on souhaite à l’artiste visionnaire des années 90 dont les dernières œuvres étaient en deçà de ses éclats passés. Avec l’absence des habitués Johnny Depp et Helena Bonham Carter au profit des toujours très bons Amy Adams et Christoph Waltz, on se prend à espérer un renouvellement de l’inspiration et de l’imaginaire de Burton.


Furious 7 de James Wan (sortie le 1er avril)




L'année dernière Need for Speed évoquait l'esprit de la franchise sans parvenir à satisfaire totalement. C'est donc avec plaisir qu'on retrouvera Vin Diesel, Dwayne Johnson, Michelle Rodriguez et le reste de leur sympathique bande pour un dernier tour de piste. Avec en bonus le charismatique Jason Statham en antagoniste, aucune raison de bouder un film d'action qui s'annonce décomplexé, à la fois spectaculaire et doté encore une fois d'une bonne dose d'humour bienvenu.


Mad Max : Fury Road de George Miller (sortie le 13 mai)




Après un hiatus de 30 ans, George Miller revient à sa saga culte qui a révélé Mel Gibson. Si la méfiance reste de mise pour la reprise de franchises à succès qui témoigne trop souvent d'un manque d'imagination, quelques arguments rendent le projet enthousiasmant. Tom Hardy a l'air à même de reprendre le rôle du guerrier des routes avec panache. Et les images à couper le souffle de la bande-annonce laissent à penser que George Miller va nous livrer un « blockbuster » avec un brin de folie, en tirant le meilleur parti d'un mélange entre effets spéciaux mécaniques et numériques.


Absolutely Anything de Terry Jones (sortie le 3 juin)




Membre des Monthy Pythons et réalisateur de leurs aventures cinématographiques, Terry Jones a réuni les survivants de la troupe septuagénaire pour Absolutely Anything. Les anglais nous livreront-ils un film à la hauteur de leurs œuvres des années 70-80 ? Le récit, qui suit les mésaventures d’un homme auquel des extraterrestres ont donné le pouvoir de faire ce qu’il veut, peut en tous cas fournir de situations comiques délirantes. Et la présence de Simon Pegg dans le rôle principal est encourageante, comme un passage de témoin d’une génération de comiques à une autre.


Vice Versa de Pete Docter (sortie le 17 juin)



En faisant le choix de mettre en scène nos émotions comme autant de personnages farfelus, Pixar semble avoir trouvé à nouveau un concept stimulant. Le retour de Pete Docter à la barre, après Monstres et compagnie et Là-haut, est de très bon augure. Gageons que ce dessin animé sera le « feel good movie » de l’été, à la fois hilarant et touchant.


Star Wars : Episode VII – Le Réveil de la Force de J.J. Abrahams (sortie le 18 décembre)



Qu’attendre de la saga après une trilogie originale culte à juste titre et une prélogie correcte mais sans plus? Malgré le retour un peu angoissant du casting du Retour du Jedi 30 ans plus tard, on espère que J.J. Abrahams saura insuffler un peu de nouveauté dans la franchise créée par George Lucas. On souhaiterait de nouveaux personnages aussi charismatiques que Luke, Leia et Han, et un antagoniste  aussi complexe et impressionnant que Darth Vader, sans en être la copie au rabais. Ces attentes sont probablement un peu démesurées, mais on peut toujours rêver en attendant la fin de l’année.

03/01/2015

2014 en 10 films

10 / Interstellar


Entre les adaptations, reboots et suites diverses, Hollywood semble parfois avoir perdu toute capacité  à créer de nouveaux concepts. Des oeuvres comme Interstellar n’en sont alors que plus précieuses. A partir d’un scénario original, les frères Nolan ont concocté un film à la fois spectaculaire et fourmillant d’idées. Peu importe que le tout soit au final moins maîtrisé qu’Inception, Interstellar a su parler à l’imaginaire des spectateurs et construire un univers de science-fiction inédit que l’on prendrait même plaisir à explorer plus en avant.


9/ Whiplash


Damien Chazelle est parti de son expérience pour livrer un des films les plus entrainants et percutants de l’année. Le duel pychologique entre un apprenti batteur de jazz et son chef d’orchestre est impressionnant, incarné par les extraordinaires J.K. Simmons et Miles Teller. Intense et sec, Whiplash arrive à nous faire ressentir la musique phyiquement comme rarement on avait pu en avoir l’occasion au cinéma.


8/ 22 Jump Street


Des rires de la première jusqu’à la dernière minute. Derrière son apparence de film régressif pour adolescents, 22 Jump Street est une comédie parodique sophistiquée et un film d’action bien plus réjouissant que n’importe laquelle des dernières œuvres de Michael Bay. Entre ce film et La Grande Aventure Lego, Phil Lord et Chris Miller se seront imposés cette année comme les auteurs à suivre de la comédie US.


7/ X-men : Days of Future Past


2014 aura été un sans-faute pour les adaptations des licences superhéroïques, que ce soit du côté de Marvel Studios (Captain America : le Soldatde l’hiver, Les Gardiens de la Galaxie) que de Sony (The Amazing Spiderman 2). Mais l’imagination visuelle de Bryan Singer, le casting ultra cool (Michael Fassbender, James McAvoy, Jennifer Lawrence, Hugh Jackman, Peter Dinklage ou Ian McKellen, entre autres) et l’ambition narrative du projet ont fait de X-Men : Days of Future Past le meilleur blockbuster de 2014. Des personnages charismatiques, du fun, un peu d’émotion, que demander de plus ?


6/ The Grand Budapest Hotel


Sur la lancée de son solaire Moonrise Kingdom, Wes Anderson a signé avec The Grand Budapest Hotel un film d’aventures ébouriffant. La mise en scène brillantissime du cinéaste associée à l’ampleur romanesque du récit ont fait de ce métrage le « feel good movie » de l’année. Quant à Ralph Fiennes, toute tentative de résister à son charme élégant est vouée à l’échec.


5/ Wrong Cops


A défaut de totalement convaincre, Quentin Dupieux avait jusqu’ici créé une œuvre cinématographique singulière. Wrong Cops a beau être dans sa conception son film le plus foutraque, c’est paradoxalement celui par lequel tous les espoirs qu’il portait ont été réalisés.  L’aspect collage du film choral convient à merveille à l’absurdité et à la folie ambiante de l’univers de Dupieux. Wrong Cops est une comédie à l’irrévérence jubilatoire, portée par un style à l’image de sa bande originale, simpliste mais terriblement efficace.




Après le formidable Gamin au Vélo, les frères Dardenne ont à nouveau impressionné cette année par la force de leur style épuré. A partir d’un scénario qui relève du dispositif, les cinéastes ont signé une oeuvre bouleversante d’humanisme. La précision des mots et des gestes ne peut que laisser admiratif. Directeurs d’acteurs hors pair, les auteurs ont offert à une Marion Cotillard impeccable son plus grand rôle depuis De Rouille et d’os.




Plus de trois heures de discussions existencielles, philosophiques et intellectuelles. On croyait que seul Bergman aurait été capable de maîtriser cet exercice périlleux sans tomber dans le théâtre filmé. Et puis Nuri Bilge Ceylan nous a prouvé le contraire dans une Palme d’or sublime, complexe, aux dialogues finement ciselés. Comme pour Il était une fois en Anatolie on pourra évidemment trouver le tout un peu trop exigeant mais l’humour et l’empathie de Ceylan pour ses personnages rendent cette fresque intime profondément attachante.


2/ Bande de filles


Dès l’ouverture du film, le ton est donné : des filles jouent au football américain. Après Naissance des Pieuvres et Tomboy Céline Sciamma pousuit donc sa démarche de déconstruction du discours sur les genres. Elle y ajoute une composante sociale sur la vie dans les cités où elle a grandi, mais transcende cette expérience en suivant le destin sur plusieurs mois d’une jeune fille aux portes de l’âge adulte. C’est magnifique de sensibilté, d’un souffle romanesque qui laisse sans voix et mis en scène de façon exemplaire. Bande de filles est un film qui part en bataille contre les idées reçues, un film essentiel d’une beauté subjuguante.


1/ Under the Skin


Je m’attendais en début d’année à voir un film post-David Lynch et j’en aurais été pleinement satisfait. Cependant en mêlant réalisme quasi-documentaire et fantastique, Jonathan Glazer a créé une œuvre inclassable au pouvoir de fascination qui vous saisit pour ne jamais vous lâcher. Certains n’y ont pas été sensibles mais c’est le propre des grands films que de faire débat. Malgré tout je pense que l’on pourra s’accorder pour reconnaître que le film est formellement saississant et qu’il a permis un retour en force de Scarlett Johansson dans le rôle le plus intéressant de sa carrière. Pas grave si l’on n’est pas sûr d’avoir tout compris à cette expérience, Under the Skin est un film avec sa part de mystère à chérir aux côtés de Persona, 2001 l’Odyssée de l’espace et Mulholland Drive.

21/12/2014

Le Hobbit - la bataille des Cinq Armées : un final spectaculaire et émouvant

4 /5

Avec ce 3ème et dernier volet du Hobbit vient le temps du bilan et de la comparaison inévitable avec la trilogie du Seigneur des Anneaux. Et disons le d’emblée, cette nouvelle trilogie se sera un peu déroulée dans l’ombre de sa prestigieuse grande sœur. Cette impression était à prévoir étant donné le statut de « prequel » que prend Le Hobbit par rapport au Seigneur des Anneaux. Conscient de cette situation, Peter Jackson avait préféré laisser la réalisation de ce projet à d’autres avant de se trouver obligé de la reprendre suite au désistement de Guillermo del Toro. Le résultat paradoxal de cette tâche acceptée à contre-cœur a été la transformation d’une adpatation en deux films du roman somme toute assez court de J.R.R. Tolkien en trilogie.


Au-delà d’une sensation de contenu étiré, le plus gros problème de ce découpage en trois films tient à une structure narrative bancale. Ce problème n’aura jamais été autant ressenti que dans l’ouverture de ce dernier volet où la victoire sur Smaug, antagoniste proncipal depuis le tout début de l’aventure, se fait en l’espace d’une introduction certes spectaculaire mais un peu sommaire. On aurait pu aisément imaginer un dyptique qui aurait placé la confrontation de Bilbo et des nains avec le dragon en début de deuxième film. Cette résolution expéditive a néammoins un avantage, celui de recentrer l’intrigue sur le destin de Thorin, figure centrale de cet opus final.


L’obsession de Thorin pour l’Arkenstone évoque évidemment le ressort dramatique principal du Seigneur des Anneaux. Passé cet aspect redite, le personnage y gagne en ambiguité et en intérêt : la fragilité de ce héros torturé nous le rend plus proche sans rien enlever de la fascination qu’il peut exercer. Richard Armitage se révèle un choix judicieux, la présence remarquable de l’acteur lui permettant d’incarner aussi bien les accès de folie et les troubles de Thorin que son charisme royal. Martin Freeman reste quant à lui un des atouts maîtres du Hobbit, idéal en témoin ordinaire de conflits historiques et extraordinaires auquel chacun pourra s'identifier.


Là où Le Seigneur des Anneaux était une fresque épique, La Bataille des 5 Armées reprend l’axe plus intime d’Un Voyage Inattendu. Dans cette prespective, l’ajout du personnage de l’elfe Tauriel est on ne peut plus juste : le triangle amoureux dans lequel elle se retrouve, entre son pair Legolas et le nain Kili auquel tout l’oppose, accroit l’investissement émotionnel du spectateur dans la complexe bataille qui occupe la moitié du film. Peter Jackson s’en donne alors à cœur joie, faisant preuve d’une générosité qui ravira ou fatiguera, au choix. Si ces séquences d’action sont moins mémorables que celles titanesques du  Seigneur des Anneaux, les enjeux individuels y sont finalement plus forts. L’issue élégiaque du récit fera alors certainement couler quelques larmes.

Plus intense et ramassé que ces prédécesseurs, La Bataille des 5 Armées conclut de façon très satisfaisante les aventures de Bilbo. Que dire de l’ensemble du Hobbit au final ?  Le tout n’était pas aussi abouti que la première trilogie de Peter Jackson, et ne bénéficiait pas du caractère innovant de cette première entreprise. Cependant le cinéaste et son équipe (décorateurs, costumiers, responsables des effets spéciaux…) ont su nous prouver qu’ils savaient toujours parler à notre imagination, nous embarquant dans une épopée qui malgré ses longueurs nous aura offert quantité de moments de véritable magie. Ce savoir-faire, que l’on tient pour acquis et ordinaire depuis le Seigneur des Anneaux, n’en reste pas moins exceptionnel.

19/12/2014

Whiplash : un film percutant mené tambour battant

4 / 5

Présenté entre autres aux festivals de Sundance et Deauville, Whiplash a convaincu aussi bien les jurys du festival qui lui ont décerné leur Grand prix que ses spectateurs qui l’ont couronné de prix du public. Le film du jeune Damien Chazelle, pas encore trentenaire, s’impose de fait comme un évidence ; il nous entraîne par son rythme soutenu qui le distingue du reste d’une production indépendante américaine souvent plus encline à la contemplation. Ce sens du timing n’est pas surprenant chez un cinéaste ancien batteur de jazz. Son premier long métrage resté inédit en France, Guy and Madeline on a Park bench, avait évidemment à voir avec la musique en opérant un croisement entre l’esthétique de John Cassavetes et les « musicals » de Vincente Minelli ou les films de Jacques Demy. Avec Whiplash Chazelle passe de cette déclaration d’amour à la musique à un contenu plus réaliste et dramatique, aux accents autobiographiques.


Genre complexe et se nourrissant de virtuosité, le jazz relève de la musique dans toute sa splendeur mature et exerce un pouvoir de fascination auquel Chazelle a autrefois succombé. Avec Whiplash le cinéaste nous dévoile la face cachée de la beauté de cette musique, le travail fait de souffrance qui est à sa source. « Success story » impossible, le film évoque à juste titre le fantôme ambivalent de Charlie Parker, musicien génial mais aussi cocaïnomane autodestructeur. Andrew (Miles Teller) est pris dans une logique d’ascencions et chutes successives orchestrées aussi bien par un chef d’orchestre sadique (J.K. Simmons) que liées à sa propre quête masochiste. Cette tension palpable fait prendre au film des allures de thriller. L’aboutissement de ce versant du métrage est une course contre la montre mise en scène avec une précision hitchcockienne alors que Andrew en retard pour un concours de l’orchestre risque de perdre sa place de batteur au profit de son remplaçant.  Embarqué aux côtés du protagoniste, le spectateur éprouve physiquement l’importance de chaque seconde, et l’issue de la séquence n’en est que plus choquante.


Physique, voilà le terme qui convient le mieux à la mise en scène de Damien Chazelle. Dès le premier long plan qui découvre Andrew s’entraînant à la batterie sur un rythme crescendo, le cinéaste présente la pratique de la musique comme une lutte contre les limites du corps pour atteindre l’idéal du sublime. C’est une affaire de vie ou de mort, de sueur suintant des cymbales ou de sang dégoulinant sur les baguettes de percussion.


Ce récit sur les extrêmes terrifiants de la passion poussée à son paroxysme trouve son point focal dans un face-à-face entre deux personnages à la noirceur réjouissante. Le charismatique J.K. Simmons excelle en chef d’orchestre tyrannique prêt à faire subir toutes les tortures psychologiques à ses étudiants afin de faire éclore un hypothétique génie du jazz. Mais c’est le nouveau venu Miles Teller qui porte surtout le film, incarnant  la détermination obstinée d’Andrew avec toute l’intensité nécessaire. Chazelle a l’intelligence de ne pas épargner ce protagoniste en le rendant antipathique, suffisant avec un entourage qui reste insensible à sa quête existentielle, allant jusqu’à la cruauté lors d’une rupture avec une fille qui pourrait être un obstacle pour sa carrière. Andrew et son tortionnaire ne sont finalement pas si éloignés l’un de l’autre, prêts à sacrifier une part de leur humanité pour la beauté. Apothéose de leur bras de fer, la séquence musicale finale étirée jusqu’à l’épuisement est d’une puissance cinématographique à couper le souffle.