02/09/2014

Critique "Z32" (DVD)

4 / 5



Critique "Léviathan"

4 / 5



Article publié le 21 juillet 2014 sur CineChronicle.

Critique "Hippocrate"

4 / 5




Critique publiée le 1er septembre 2014 sur CineChronicle.

Critique "22 Jump Street"

4 / 5



Article publié le 22 juillet 2014 sur CineChronicle.

Critique "The Raid 2"

3 / 5



Article publié le 23 juillet 2014 sur CineChronicle.

Les Combattants : l'engagement artistique

4 / 5

L’énergie enthousiasmante du premier film de Thomas Cailley peut se résumer à un simple choix, celui de l’action. Plutôt que de s’inscrire dans une tendance psychologisante majoritaire dans le cinéma d’auteur français, Les combattants met en scène des personnages qui foncent, agissent à l’instinct avant de réfléchir. Le film trouve dans ce parti pris une fraîcheur et une drôlerie qui tracent la voie galvanisante d’un cinéma d’auteur populaire.


Les combattants commence sur le terrain familier dans le cinéma hexagonal de la chronique sentimentale. Alors qu’il vient de perdre son père, Arnaud fait la rencontre de Madeleine. Soit le scénario typique  du « boy meets girl », avec cependant quelques renversements inattendus. Aux antipodes du stéréoype de la fragilité féminine, Madeleine (Adèle Haenel) fait preuve d’autorité et de détermination tandis que la douceur et la sensibilité sont le lot d’Arnaud (Kevin Azaïs). Cette inversion des rôles attendus a valeur d’égalité des sexes et montre bien ce en quoi Thomas Cailley est en phase avec son époque, dressant le tableau d’une jeunesse angoissée par un avenir incertain à l’échelle individuelle ou planétaire. De la peur de la fin du monde Les combattants tire une urgence dans l’action qui coupe court à la romance de vacances pour s’aventurer sur le genre peu commun en France du film militaire.

Surprenant et ambitieux, le récit proposé par Thomas Cailley traverse donc différents genres, de la comédie sentimentale à la Robinsonade. On sent chez l’auteur un désir de cinéma insatiable, une envie de partir à l’aventure avec le spectateur. Le risque d’une telle diversité narrative est un caractère inégal auquel Les combattants n’échappe pas complètement, et ce malgré une maîtrise formelle remarquable. Plutôt que de souligner l’énergie et l’action au cœur de son film par une caméra portée, Thomas Cailley favorise les longs plans et les compositions travaillées à contrecourant du naturalisme des frères Dardenne en vogue dans le cinéma d’auteur. Belle alternative au cinéma réaliste et social, son film s’inscrit du côté de la fable et de l’imaginaire lié à la majesté de ses décors naturels.



Au-delà de son esthétique originale, c’est son couple de héros atypique qui donne aux Combattants sa force et sa cohérence. Le réalisateur a confié son intention de construire le film autour de ses protagonistes, et l’engagement des deux acteurs choisis pour les incarner était alors crucial. Le contrat est largement rempli, Kevin Azaïs et Adèle Haenel nous donnant à voir le couple cinématographique le plus marquant de cette année. Le discret Azaïs, en héros sympathique et mesuré, s’oppose à Haenel dont l’intensité et la présence exceptionnelles collent à l’énergie revêche et angoissée de Madeleine. Racontée avec délicatesse, leur relation nous montre de manière inattendue que l’apprentissage de la douceur et de la patience est essentiel à la survie. Ce n’est pas la dernière des leçons à retenir de ces Combattants qui bouleverse avec efficacité les idées reçues et statu quos.

27/08/2014

Sils Maria : le vertige des rôles

4 / 5

Les films sur les actrices ne manquent pas dans l’histoire du cinéma, témoignages de la fascination qu’elles exercent sur les cinéastes. On peut citer parmi d’autres les chefs d’œuvre Eve de Joseph Mankiewicz ou Opening Night de John Cassavetes. Sils Maria s’inscrit dans cette tradition, et on peut se demander ce qu’Olivier Assayas peut apporter de neuf à un thème exploré brillament ailleurs. Le réalisateur nous en livre cependant ici une variation captivante, en prise avec le monde contemporain.


Autrefois jeune première, Maria Enders (Juliette Binoche) est confrontée soudainement à son statut de star vieillissante. Elle doit non seulement faire face à la mort de l’auteur de la pièce qui l’a révélée au public, mais se voit aussi proposer par une metteur en scène en vue le rôle de la femme mûre dans une nouvelle production de l’œuvre. Peu à peu, au fur et à mesure des répétitions avec son assistante (Kristen Stewart) qui lit le rôle qu’elle avait tenu jeune, Maria développe une résistance à jouer un personnage qu’elle avait méprisé dans sa jeunesse.

A partir de ce dispositif de jeu de rôles, Sils Maria installe une atmosphère troublante où la frontière entre réalité et fiction est mince. Dans quelle mesure le texte répété par les personnages reflète-t-il les conflits latents dans leur relation ? Assayas refuse de livrer une réponse toute faite, et se repose plutôt sur le jeu ambivalent de deux actrices exceptionnelles. Binoche nourrit évidemment son personnage de son expérience de star internationale, tandis que Stewart trouve l’occasion idéale de se détacher de son personnage de Twilight en donnant corps aux frustrations d’une assistante fatiguée de jouer les faire-valoirs.



Assayas multiplie les jeux de miroir et apparences trompeuses, nous démontrant comment tout est affaire d’image à l’ère des réseaux sociaux. Jo-Ann Ellis (Chloë Grace Moretz), la jeune actrice reprenant le rôle de Maria dans la pièce, est le produit de ce phénomène, omniprésente sur internet mais profondément insondable, tour à tour idiote junkie et actrice montante propre sur elle, fangirl et rivale méprisante. Au contraire de son aînée angoissée par l’image qu’elle projette et les fantômes hantant les rôles, Jo-Ann a pleinement conscience des effets que produisent ses différentes persona.


Le conflit entre Mari et Jo-Ann trouve son équivalent formel dans les matières filmiques contrastées convoquées par Assayas, entre les séquences romantiques de Sils Maria traversé par le serpent de Maloja d’un côté et les talk shows, images volées et extraits d’une parodie de  « blockbuster » de science-fiction de l’autre. D’une maîtrise admirable, Sils Maria a le mérite d’être aussi juste sur le tableau classique que sur son pendant moderne. C’est là la vraie réussite de ce film subtil : parvenir à proposer une réflexion à la fois actuelle et intemporelle sur l’art et le temps qui passe.