07/01/2017

2016 en 10 films (1/2)

10 / Ce sentiment de l’été


Auteur discret, Mikhaël Hers a néanmoins fait preuve depuis une dizaine d’années d’une rare sensibilité pour filmer les états d’âme. Avec Ce sentiment de l’été, son cinéma intimiste prend une nouvelle ampleur en nous proposant de suivre ses personnages sur trois étés et trois pays. Cette temporalité du récit permet au réalisateur de traiter les thèmes du deuil et de la reconstruction avec une justesse saisissante. Anders Danielsen Lie (vu dans Oslo, 31 aout) et Judith Chemla (une des grandes découvertes de l’année, aussi à l’affiche d’Une vie) incarnent avec finesse des protagonistes auxquels on s’attache comme rarement au cinéma.


9 / Guibord s’en va-t-en guerre



Sorti sans grand bruit cet été, le film de Philippe Falardeau aurait mérité bien plus d’attention. En marchant dans les pas de Frank Capra, le cinéaste québécois signe une fable qui combine acuité satirique et profonde générosité. Les tribulations d’un ancien joueur de hockey devenu politicien indépendant et de son stagiaire haïtien ne manquent pas de fantaisie, mais posent surtout de véritables questions sur le monde de la politique. Trépidante et engagée, cette comédie savoureuse est le « feel good movie » de l’année.


8 / Victoria



Après un premier long métrage, La bataille de Solférino, dont la forme brute évoquait John Cassavetes, on ne s’attendait pas à ce que Justine Triet livre un film d’une telle classe formelle. Victoria lorgne du côté de la comédie sophistiquée à la Woody Allen ou Howard Hawks, mais dépasse au final ces illustres influences pour se lover dans un spleen au charme tenace. Portrait touchant d’une femme moderne et dynamique qui s’épuise à rechercher un épanouissement professionnel et personnel,  Victoria est d’une contemporanéité remarquable. En état de grâce, Virginie Elfira est d’une drôlerie irrésistible.


7 / Brooklyn Village



Les privilégiés de Cannes ont pu voir Après le tempête de Hirokazu Koreeda en mai dernier, mais pour le commun des cinéphiles il faudra attendre avril prochain pour découvrir cette nouvelle œuvre du plus délicat des cinéastes contemporains. Heureusement, le bouleversant Brooklyn Village d’Ira Sachs nous a permis de retrouver un peu de l’ambiance propre au cinéaste japonais. Dans un New York ensoleillé, ce récit d’une amitié naissante entre deux adolescents qui rencontre l’obstacle d’un conflit financier entre leurs deux familles propose un regard à la fois tendre et lucide sur la liberté de l’enfance et les responsabilités de l’âge adulte. Sachs se garde bien de donner raison à l’un ou à l’autre de ses personnages, et ils en gagnent une complexité et une profonde humanité. Cette pépite douce amère, servie par un casting d’exception, saura émouvoir parents comme enfants.


6 / Baccalauréat



Récompensé en 2007 de la Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le roumain Cristian Mungiu aura du cette année se contenter d’un prix de la mise en scène partagé avec Olivier Assayas. Baccalauréat aurait tout aussi bien pu recevoir une distinction pour son scénario, tant le sujet et la forme du film sont complémentaires pour donner une des expériences cinématographiques les plus prenantes de l’année. Savamment construit, ce drame psychologique se regarde comme un film policier aux retournements de situation multiples, avec un véritable suspens quant à l’issue du récit. Tableau sans concession de la société roumaine mais aussi réflexion plus large sur les relations entre parents et enfants, Baccalauréat offre une richesse thématique admirable sans jamais perdre de sa tension dramatique.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire