19/09/2011

La guerre est déclarée : éclatante victoire !

4 / 5 
 

Présenté au festival de Cannes 2011, La guerre est déclarée y a fait sensation ;  depuis sa sortie fin août,  le film s’est imposé comme le succès de la rentrée du cinéma français, tant et si bien que ses distributeurs ont doublé le nombre de copies en circulation. Un tel engouement populaire est surprenant pour un film dont l’argument est de prime abord peu encourageant : un couple doit faire face à la tumeur cérébrale développée par leur nouveau né, et le spectateur les suit dans leurs allers-retours à l’hôpital. On s’attend alors à un mélodrame tire larmes, impression confirmée par une bande-annonce qui met en valeur l’aspect tragique de la situation (en lien ci-dessus). Ces appréhensions ne font que renforcer l’heureuse surprise ressentie à la vision du film de Valérie Donzelli.


En choisissant d’ouvrir son film par une scène où Adam, l’enfant malade du film, est en bonne santé, la réalisatrice-scénariste fait d’office de son film un récit de survie annoncée. Le drame vécu par le couple de Roméo et Juliette, « voué à un terrible destin » comme s’en amuse l’homme lors de leur première rencontre, sera surmonté. En un montage de quelques minutes, la symbiose du couple, sa force tout au long du récit, est posée ; côte à côte lorsqu’ils sont en mouvement à vélo ou à pied, s’enlaçant ou partageant une pomme d’amour,  Juliette et Roméo sont comme le miroir l’un de l’autre, unis. Dans ces quelques plans, l’énergie du burlesque muet est retrouvée, les personnages jouant avec l’espace qu’ils parcourent dans leur course folle. Puis ils tombent en arrêt devant L'origine du monde, célèbre tableau de Courbet représentant une vulve ; un regard entre les amoureux et les cris de leur enfant se font entendre. Cette vie à deux du couple présentée dans un souffle de cinéma de gestes purs, libéré de la parole, a l’innocente efficacité de l’ouverture de Là-haut ; mais on pense surtout au cinéma de la Nouvelle Vague, à la liberté de la mise en scène des 400 Coups, la course finale effrénée d’Antoine Doinel. La musique baroque de George Delerue qui accompagne le montage achève de placer le film sous l’égide de Truffaut.

L’énergie positive de La guerre est déclarée permet au film de désamorcer des situations dramatiques qui pourraient s’avérer pesantes. Une pédiatre décroche par erreur un téléphone jouet posé sur son bureau pour appeler un collègue après avoir constaté les signes de la maladie d’Adam ; Roméo l’air insouciant repeint les murs de son appartement  avec un ami en s’amusant tandis que Juliette se rend à l’hôpital avec Adam ;  les parents se confiant leurs craintes quant à l’avenir de leur fils vont crescendo dans leurs prédictions malheureuses, jusqu’à l’absurde et les rires partagés. Ces moments permettent au film de garder une légèreté, moteur de vie face à la mort prématurée que risque Adam. Même lorsque Juliette annonce la tumeur de leur enfant à son compagnon par téléphone, le mouvement passé le choc reprend de plus belle, Roméo dévalant des escaliers avant d’ enfourcher son scooter puis de prendre le train pour rejoindre sa compagne. 


La guerre est déclarée, dans son refus de pathos, épouse le point de vue de Roméo et Juliette qui refusent de baisser les bras, et la mise en scène est logiquement au plus près de leurs émotions. L’enthousiasme que procure le film de Donzelli provient alors de l’invention d’un langage cinématographique illustrant au mieux les sentiments: malgré la distance qui sépare Juliette de Roméo, un plan magnifique met leurs visages côte à côte tandis qu’ils chantent en duo leur intimité ; les plans de la fin du film expriment dans un ralenti sublime le temps dilaté qu’il reste aux parents et à leur enfant guéri définitivement. De ces effets naissent une poésie du quotidien qui traverse tout le film, loin des conventions et des clichés, au plus près du vécu de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm qui racontent leur couple au spectateur .

Dynamique et enjoué, tourné presque entièrement avec un appareil photo dans un soucis de spontanéité, La Guerre est déclarée fait preuve d’une vitalité et d’une urgence qui en font un grand film, probablement le meilleur que le cinéma français nous a donné à voir cette année. Courez le voir !

1 commentaire:

  1. Ce qui m'a frappé également, c'est la réalité de ce couple loin de la fiction et plus proche du documentaire et leur très grande modernité

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