10/01/2012

Une vie meilleure : société en crise, cinéma revigoré

 4 / 5

Le succès d' Intouchables en fin d'année dernière, en dehors de la justesse de son ton et de ses acteurs attachants, tenait à ce qu'il proposait une utopie sociale chaleureuse dans la situation actuelle de marasme économique. Une vie meilleure, autre film populaire, choisit quant à lui d'être le reflet de la crise qui touche actuellement la France. Entre recherche compliquée d'un emploi, problèmes de crédit et de logement, le film de Cédric Kahn met enfin au devant de la scène une situation trop souvent occultée par le cinéma national.


Cuisinier passionné, Yann cherche à quitter la cantine scolaire où il travaille pour un poste plus prestigieux : le premier plan le suit alors qu'il se fait raccompagner en dehors d'un restaurant après un énième entretien d'embauche infructueux. Il y fait cependant la rencontre de Nadia autour d'une cigarette, qui l'encourage à persévérer. Yann propose à la jeune femme de la retrouver à la fin de son service et cette dernière accepte. Gros plan sur le visage de l'homme qui sourit ensuite dans le métro alors qu'apparait la promesse du titre du film. La vie meilleure envisagée, c'est un avenir à deux pour être plus fort face aux difficultés; et réaliser le rêve fou de l'ouverture d'un restaurant imaginé à partir d'une maison à l'abandon, trouvée comme par enchantement au bord d'un lac lors d'une escapade ensoleillée dans la nature. Mais que devient ce rêve fragile lorsqu'il se heurte au réel ? Le constat amer que propose le film est celui d'une spirale infernale dans laquelle sont piégés Yann et Nadia pour avoir osé aspirer à trop grand pour leurs moyens. La réelle inquiétude qu'on ressent quant au sort des personnages tient alors à ce que les problèmes qu'ils rencontrent renvoient à une réalité sociale familière où les "happy end" de fiction sont peu fréquents.


N'allez pas penser pour autant que le film de Cédric Kahn tombe dans un misérabilisme pesant. Car il est habité d'une énergie de tous les instants, celle de Yann décidé à s'en sortir coute que coute, interprété par un Guillaume Canet plus que convaincant en laissé-pour-compte. Dans la relation qui se noue entre lui et le fils de Nadia, Une vie meilleure trouve une beauté simple qui évoque le néoréalisme italien du Voleur de bicyclette, oscillant entre désespoir et instants de joie : les difficultés affrontées au quotidien n'empêchent pas ainsi l'irruption d'un moment de pur bonheur lors d'une partie de pêche euphorique. Sans afféteries de mise en scène, Une vie meilleure parvient à créer l'émotion en adoptant avec simplicité le point de vue de ses antihéros ordinaires et familiers. Grand film populaire sans être démagogique, il inaugure avec bonheur une nouvelle année pour le cinéma français, que l'on souhaite aussi efficacement inscrite dans la société contemporaine.

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