11/03/2012

Les infidèles : la monstruosité masculine pour rire

Les infidèles : 3 / 5

Avec Les infidèles, l'intention affichée par Jean Dujardin et Gilles Lelouche est de retrouver la liberté de ton des Monstres de Dino Risi, satire mordante de la société italienne des années 60. Si le film garde de son modèle un format de sketches indépendants les uns des autres, le champ d'action moins ambitieux est ici restreint à l'adultère. La présence d'un collectif de réalisateurs à la tête du projet s'offre alors comme un moyen de sortir de ce carcan thématique en offrant une variété de points de vue sur le sujet. Se pose alors la question de la cohérence du tout, comme dans l'inégal Paris je t'aime où des épisodes brillants en côtoyaient d'autres beaucoup moins inspirés. 


Vendu comme une comédie, Les infidèles l'est-il vraiment ? Oui, en partie. Les courts intermèdes entre les six parties les plus conséquentes du film sont des saynètes explicitement comiques qui trouvent leur prolongement dans un avant-dernier sketch grotesque : dans cette parodie d'une réunion d'alcooliques anonymes, les acteurs s'en donnent à cœur joie dans le registre de la caricature  (mention spéciale au look improbable de Guillaume Canet). Dans la même catégorie, on retrouve une ton grinçant et un verbe fleuri qui rappellent Bertrand Blier pour le prologue, puis Dujardin en héritier du Jean-Claude Duss des Bronzés à la recherche d'une partenaire dans un séminaire et une escapade finale à Las Vegas dans la lignée de Very bad trip. On sourit, on rit même parfois devant ces sketches inégaux mais par moments réjouissants. 


Les deux autres épisodes, placés judicieusement l'un à la suite au centre du film, prêtent nettement moins à rire : tandis qu' Eric Lartigau décrit la relation illusoire entre un quarantenaire (Lellouche, convaincant) et une "Lolita" pleine de vie, Emmanuelle Bercot ouvre sur un contrechamp féminin en faisant participer le couple Dujardin / Alexandra Lamy à un jeu de la vérité. On est alors nettement plus du côté d' Eyes wide shut, auquel on pense dans un échange de regards final, que de la légèreté d' "Un gars, une fille". Au jeu du sketch le plus réussi, Bercot remporte la palme en parvenant à s'affranchir le plus efficacement des lieux communs sur l'adultère dans un film dont le défaut est de rester trop souvent à la surface de son sujet.


Si les épisodes proposés sont d'une qualité relativement homogène, il se dégage en effet quelque chose d'un peu superficiel de l'ensemble. La limite du film est de faire se succéder des vignettes amusantes ou graves sans en creuser réellement le sens : la crise de la quarantaine bien présente n'est qu'effleurée dans le sketch de Lartigau, les raisons qui poussent un personnage lourdeau à tromper une femme aimante ne sont jamais éclaircies dans le sketch de Hazanavicius. Le plaisir que Dujardin et Lellouche ont pris à la conception des Infidèles est palpable, leur ambition de mêler les genres louable ; le film n'ébranle cependant aucun statu quo durablement, et ce n'est pas une pirouette finale "gagesque" qui changera la donne.

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