15/05/2012

Dark Shadows : l'ombre de Burton


Dark shadows : 2,5 / 5

Entre la reprise de l'exposition du Musée d'art moderne de New York à la Cinémathèque Française, la sortie de Dark Shadows la semaine dernière et celle de Frankenweenie en fin d'année, 2012 est l'année Tim Burton. L'auteur y est-il pour autant à son apogée ? Hélas, pas vraiment, Dark Shadows confirmant des signes d'épuisement, perceptibles dans son cinéma depuis quelques années.


Jusqu'à la fin des années 90, la carrière de Burton montrait une belle cohérence, avec deux périodes bien distinctes. Cet artiste à l'imagination très noire avait quitté les studios Disney pour signer une série de films, à l'univers gothique et pervers, qui mettaient à mal l'Amérique bien-pensante : le point culminant de cette première période était le sombre L'étrange Noël de Monsieur Jack produit par Disney, Burton tenant alors sa revanche sur ceux qui l'avaient fait dessiner des personnages adorables jusqu'à l'écœurement. Ayant finalement imposé son univers personnel, le cinéaste avait signé ce qui peut être perçu rétrospectivement comme une trilogie, visuellement éclectique, en hommage aux films qui avaient nourri son imagination (Ed Wood, Mars Attacks !, Sleepy Hollow). Le premier faux pas, avec le très conventionnel La Planète des Singes, en 2001, signait la fin de cette période dorée.

Pourquoi les films de Burton des années 2000 ne sont-ils jamais parvenus à retrouver totalement la magie de ses premières œuvres ? Sans pour autant être mauvais (à l'exception peut-être d'Alice au Pays des Merveilles, d'un ennui mortel), chaque film déçoit un peu car le cinéaste ne parvient plus à surprendre. Si l'on considère Sweeney Todd, son film le plus surprenant et convaincant ces dernières années, le mérite en revient au décalage macabre de la comédie musicale dont est tiré le métrage, plus qu'au réalisateur.


Dark Shadows laisse pourtant l'illusion d'un possible renouvellement. Après un prologue au romantisme noir, attendu chez Burton (un homme, Barnabas Collins, se jette d'une falaise pour rejoindre dans la mort sa fiancée tombée sous l'emprise d'une sorcière, avant d'être changé en vampire par cette dernière), le passage aux années 70 et à Nights in White Satin qui accompagne le trajet d'une jeune gouvernante, mystérieuse mais ordinaire, semble ouvrir sur un possible territoire inexploré pour l'auteur. Le premier quart d'heure ne fait que peu appel au fantastique, mais pose une atmosphère étrange, à partir des excentricités de la famille Collins chez qui l'héroïne est engagée. Hélas, une fois Barnabas revenu parmi les siens, le récit oublie bien vite tous les personnages au profit d'un Johnny Depp producteur omniprésent, et le film se transforme en comédie fantastique ronronnante jusqu'à son final bâclé.

Voir Johnny Depp cabotiner à outrance dans un rôle aussi caricatural et figé que celui de Jack Sparrow (amusant dans le premier Pirates des caraïbes avant de devenir insupportable par la suite) fait de la peine quand on se souvient de ses premières collaborations extraordinaires avec Burton. La présence d'Alice Cooper, qui incarne son propre rôle 40 ans plus tôt, devient curieusement la métaphore du statut du réalisateur et de son acteur fétiche : les deux artistes réutilisent les trucs qui ont fait leur succès mais le tout ressemble à un numéro d'auto imitation. En lien avec ce manque d'investissement réel, le film fait se suivre les scènes plus ou moins réussies, sans jamais acquérir de profondeur, et laisse l'impression d'un « patchwork » un peu incohérent.


Mais la dimension la plus inquiétante pour l'avenir de Burton est la façon dont il fait, mine de rien, le récit d'une victoire de l'ordre établi. Barnabas issu d'une famille bourgeoise a été changé en vampire par une servante qu'il a séduite puis rejetée (la sulfureuse Eva Green). La vengeance de cette dernière peut alors être perçue comme une revanche sociale légitime contre le symbole d'une classe dominante et méprisante. Mais ce que le film nous raconte, c'est plutôt la renaissance des Collins, sans jamais mettre vraiment en question la légitimité de Barnabas. Alors que la sorcière vaincue pleure des larmes qui se perdent dans les fissures d'un visage craquelé (belle image qui montre bien ce dont Burton est encore capable par intermittence), on ne retrouve pas la compassion tragique qui avait fait l'émotion de la mort du monstrueux Pingouin dans Batman Returns. Et Burton d'achever son film par un « happy end » et un plan final digne des films d'horreur les plus standards, qui laissent au spectateur un arrière-goût très amer.

En bref : dispensable





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