03/05/2012

Miss Bala : un film choc sur une nation prise au piège


Miss Bala
:
4 / 5


Depuis 2006, le conflit qui oppose le gouvernement mexicain au cartel de la drogue a fait plus de 35 000 morts. Ne serait-ce que parce qu'il rend compte de cette réalité, en traitant de manière frontale la criminalité et la corruption qui règnent au Mexique, Miss Bala est un film important. En prise directe avec le réel, le métrage de Gerardo Naranjo trouve son origine dans un fait divers, que le réalisateur transforme en thriller haletant, en adoptant le point de vue d'une victime instrumentalisée par les narcotrafiquants. 


Laura (Stephanie Sigman) est une belle jeune femme qui compte bien s'échapper de l'environnement pauvre de Baja en participant à un concours de beauté : pleine d'espoir, elle offre un visage souriant à la caméra, qu'on pourrait placer parmi des photographies de stars qui tapissent les murs de sa chambre. Elle s'amuse avec son amie à passer devant une file de candidates au concours qui partagent le même rêve glamour. Cependant cette chimère est bien vite rattrapée par la réalité sordide d'une boîte de nuit, où une danse lascive avec des policiers peut servir de ticket d'entrée à la compétition des « miss ». En un plan, le film bascule : le reflet flou de Laura dans le miroir des toilettes où elle s'est réfugiée dit bien la distance qui s'établit déjà entre elle et un rêve sali ; son amie accepte de quitter la boîte et Laura, rassurée, peut se recoiffer dignement ; mais alors qu'elle se retrouve seule un homme armé fait irruption (Noe Hernandez) et la menace alors qu'elle s'est recroquevillée, apeurée et soumise ; s'ensuit un règlement de comptes qui est pour l'héroïne le commencement d'un long cauchemar éveillé.


Si la brillance formelle de Miss Bala, avec ses mouvements de caméra chorégraphiés avec précision, peut évoquer certains plans du cinéma de De Palma, l'usage qu'en fait Naranjo est à mille lieues du formalisme jubilatoire au cœur de Blow out ou Snake eyes. En utilisant la durée des plans, le réalisateur mexicain cherche, quant à lui, à inscrire son intrigue dans des environnements décrits avec précision : le choix s'avère payant, conférant un aspect documentaire au film (absence de coupes donc impression de réel) en même temps qu'il contribue à installer une tension constante. 

Prise dans les rouages du trafic de drogue, Laura ne peut s'échapper et attend avec anxiété les rebondissements tragiques d'un destin qu'elle ne contrôle plus. Entre une interpellation musclée par un policier, l'irruption du cartel de la drogue chez elle ou une fusillade qui éclate sans prévenir, l'héroïne subit sans jamais pouvoir se défendre. La mise en scène de la confrontation musclée entre les forces de l'ordre et les trafiquants illustre bien l'esthétique choisie par Naranjo : le spectateur reste avec Laura dans la voiture, avant que le plan suivant ne s'attarde sur des corps blessés ou abattus qui s'écroulent, plutôt que de proposer un face à face spectaculaire et hollywoodien. Au spectacle pyrotechnique, le réalisateur préfère la confrontation psychologique entre la jeune femme et son tortionnaire, le chef des trafiquants (Noe Hernandez, d'un calme inquiétant) : la façon dont ce dernier prend peu à peu le contrôle du corps de sa victime est un des éléments les plus glaçants du film.


En plaçant le spectateur du côté d'une héroïne ordinaire et pleine de vie, vidée peu à peu de toute son énergie et de sa volonté (interprétée avec courage par une Stephanie Sigman dont même la terreur initiale s'efface pour laisser place à une résignation apathique), Gerardo Naranjo montre la situation du Mexique dans ce qu'elle a de plus révoltant, d'inhumain. Film fort et engagé, Miss Bala permet aussi de découvrir un metteur en scène talentueux dont on attend avec enthousiasme le premier projet hollywoodien The Mountain Between us auquel le nom de Michael Fassbender est attaché. On lui souhaite une carrière internationale égale à celle de ses brillants compatriotes Guillermo Del Toro (Hellboy, Le labyrinthe de Pan), Alfonso Cuaron (Les fils de l'homme) et Alejandro Gonzalez Inarritu (Babel, Biutiful).

En bref : à ne pas manquer

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