19/06/2012

The Deep Blue Sea : une mise en scène flamboyante pour un mélodrame peu passionnant


 The Deep Blue Sea : 3,5 / 5

Les premières minutes de The Deep Blue Sea constituent assurément une des plus belles ouvertures qu'il a été donné de voir cette année au cinéma. Sur un concerto poignant de Samuel Barber, le film nous plonge dans les pensées d'une femme en train de se suicider à travers ses souvenirs. On assiste alors à un équivalent convaincant de la technique littéraire du “flux de conscience”, à l'union fascinante de Virginia Woolf et Luchino Visconti . Alors que la caméra virevolte autour d'un couple entrelacé après l'amour dans le passé pour revenir au corps allongé de la femme désespérée au présent, le film atteint une intensité émotionnelle et formelle qui témoignent de la compréhension profonde du langage cinématographique et de ses possibilités chez Terence Davies, cinéaste britannique rare et peu connu.


Tiré d’une pièce de Terence Rattigan des années 50, The Deep Blue Sea parvient à s’en détacher efficacement pour devenir un objet purement cinématographique. Le film évite ainsi l’écueil de « théâtre filmé », piège dans lequel tombait dernièrement Le Prénom en tentant d’injecter du cinéma de manière trop voyante par une voix off et des vignettes à la Amélie Poulain dans un prologue finalement inutile. L’exercice de l’adaptation du théâtre au cinéma est périlleux, même un grand réalisateur comme Roman Polanski avait pu y échouer pour le peu convaincant et plat Carnages ; la réussite de Davies dans ce domaine n’en est que plus frappante. En jouant avec la temporalité de son récit, le réalisateur-scénariste trouve la forme idéale pour faire ressentir le désespoir et l’indécision de Hester (Rachel Weisz), la suicidaire découverte au début du film.

Hélas, malgré sa beauté esthétique, le film produit à la longue un sentiment d’ennui poli. Car le drame auquel les personnages sont confrontés a beaucoup vieilli : Hester, mariée à un aristocrate, le quitte pour Freddie (Tom Hiddleston), un ancien pilote de la Royal Air Force dont elle est passionnément amoureuse, avant de déchanter. Si un portrait de la société anglaise de l’après-guerre se dessine en creux de l’intrigue, le rôle que ce cadre joue dans le destin des personnages (notamment l’écart culturel et social entre Hester et Freddie) n’est jamais réellement traité et les protagonistes sont alors réduits à véhiculer des clichés sur l’éternel conflit entre raison et passion. Les acteurs, malgré toute leur bonne volonté (Hiddleston en tête, qui trouve enfin un rôle de premier plan après ses apparitions dans Cheval de guerre et les super-héroïques Thor et Avengers) peinent à insuffler de la vie et de l’émotion dans un mélodrame répétitif sans surprises.


Si l’intrigue de la pièce de Rattigan présente peu d’intérêt, elle est surtout l’occasion pour Davies d’évoquer l’Angleterre des années 50 qui l’a vu grandir. C’est alors dans des détails annexes à l’intrigue que se situera l’émotion qui fait défaut, notamment lors d’une scène bouleversante de chant populaire repris en chœur dans une station où les londoniens se réfugient durant les bombardements allemands. Entre la lumière chatoyante aux halos dorés du jour et les ombres de la nuit, Davies évoque admirablement un Londres onirique hanté par le fantôme de la seconde guerre mondiale mais qui s'efforce de continuer à vivre. Il est dommage que ce cadre magnifique se heurte en fin de compte à un drame étriqué, car il aurait pu produire un grand film.

En bref : un film à voir malgré ses longueurs, ne serait-ce que pour sa sublime introduction.

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