19/04/2014

Captain America, Le soldat de l'hiver : le superhéros face aux angoisses de l'Amérique

3,5 / 5

Il y a deux ans la première phase des adaptations de Marvel au cinéma avait trouvé son point d’orgue avec le mégablockbuster Avengers, d’une efficacité redoutable. Depuis, Marvel Studios a poursuivi sur sa lancée avec un Iron Man 3 assez oubliable et un Thor : le monde des ténèbres qui trouvait le souffle épique qui faisait défaut au premier opus. Bien implantés dans le paysage cinématographique hollywoodien, il faut bien reconnaître que les films de superhéros s’installent dans une certaine routine. Dans ce contexte on ne trouvera pas grande originalité à Captain America : le soldat de l’hiver, mais le film des frères Russo a le mérite de se positionner comme concurent direct à Avengers comme meilleure production Marvel.


Le premier Captain America introduisait un protagoniste intéressant au destin atypique aux accents tragiques : la mort rôdait autour de Steve Rogers et touchait ses proches (du mentor au compagnon de guerre), avant que lui-même se sacrifie et soit projeté hors de son époque. L’effacement relatif du personnage dans Avengers, au profit de la superstar Tony Stark, du mastodonte Hulk et du dieu Thor le plus proche de l’antagoniste du film Loki, était prévisible mais n’en causait pas moins une petite frustration.

Réalisant les promesses du premier opus, Captain America : le soldat de l’hiver développe habilement le rapport entre Steve Rogers et le 21ème siècle où il se retrouve plongé. A partir de cette situation de départ, le film s’amuse d’abord du décallage entre le héros et son époque avant d’en jouer efficacement pour des effets autrement plus dramatiques : le héros appartient à un passé glorieux muséifié dont la mémoire disparaît peu à peu, comme l'illustre une scène très touchante entre Steve et son amour d'antan.



Le héros de guerre des années 40 a beau trouver dans un vétéran de la guerre en Irak un frère d’armes, il n’est plus à sa place dans un monde où les conflits ouverts ont laissé place aux machinations souterraines. Captain America : le soldat de l’hiver, dans une ambiance qui n’est pas sans évoquer celle des 3 jours du Condor (la présence de l’illustre Robert Redford n’y est pas pour rien), emprunte alors intelligemment au polar d’espionnage. Du côté de l’intrigue, le film des Russo l’emporte ainsi largement sur Avengers, impressionnant mais finalement un peu simpliste.

Si Captain America : le soldat de l’hiver passionne par son récit qui fait écho aux dérives sécuritaires de l’Amérique (dans la lignée du Patriot Act et de la surveillance par la NSA), il se révèle néammoins moins efficace dans ses phases d’action. Quelques passages sont très réussis (l’attaque spectaculaire d’une voiture en plein centre ville, l’évasion de Captain America du quartier général du SHIELD), mais la longue scène d’action finale manque de la précision chorégraphique et de l’imagination qui était à l’œuvre dans Avengers. On pourra aussi regretter quelques choix regrettables, en premier lieu celui d’une Veuve Noire peu intéressante en partenaire du héros là où on aurait aimé en savoir plus sur la « voisine » de Steve Rogers, qui gagnera probablement en importance dans le prochain film de la franchise.

Plus finement écrit et ambigu que Avengers, porté par un Chris Evans remarquable avec à ses côtés des valeurs sûres telles que Samuel L. Jackson et Robert Redford, Captain America : le soldat de l’hiver remplit pleinement son contrat. Le métrage n’est certes pas tout à fait à la hauteur de la complexité du matériau original dont il est inspiré, mais cette simplification en fait aussi un divertisssement accessible à tous, lecteurs de comics comme néophytes.


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