13/05/2016

La Saison des femmes : enfoirés de leurs pères !

3,5 / 5

En Inde, dans un village isolé de l’état du Gujarat, la veuve Rani s’apprête à marier son fils Gulab. Malgré les règles strictes dictées par une assemblée d’hommes, elle trouve une joie quotidienne dans ses échanges avec sa complice Lajjo, femme sans enfant d’un routier violent. A la périphérie du village se produit chaque soir sur scène son amie de longue date Bijili. La mort de sa belle-mère et l’arrivée de sa belle-fille vont petit à petit changer le destin de ces trois femmes.



On ne saluera jamais assez l’engagement des femmes cinéastes révoltées qui mettent à mal les patriarcats qui étouffent leurs pays. Citons entre autres la saoudienne Haifa Al-Mansour et son touchant Wajda, la franco-turque Denis Gamze Ergüvenet et son énergique Mustang ou la réalisatrice-actrice israëlienne Ronit Alkabetz récemment disparue. Leena Yadav s’inscrit dans leur lignée et signe avec La Saison des femmes un film à la fois accablant et porteur d’espoir.

La réalisatrice indienne déroute d’abord par la forme de son film empruntée au cinéma commercial de Bollywood, avec chansons et numéros de danse à l’appui. On ne peut cependant s’y tromper longtemps, et cette reprise des conventions du cinéma national est plutôt l’outil idéal pour dénoncer l’hypocrisie au sein de la culture des villages traditionnels. La chanson de mariage accompagne le début de son désastre annoncé ; les numéros de danse/chant de Bijili au contenu explicitement sexuel, qui ne resteraient que simples provocations aguicheuses dans une production bollywoodienne, sont suivis de passes prisées par des hommes qui délaissent leurs compagnes sans s’en cacher.



Que veulent les héroïnes de La saison des femmes ? De quoi rêvent-elles? Leena Yadav sait nuancer les velléités d’émancipation de chacune, et cette variation fait la subtilité du film. Du fantasme d’une sexualité épanouie au désir de maternité, la cinéaste accompagne de belle façon ses protagonistes dans leurs premiers pas vers la libération d’une culture qui les oppresse. En totale empathie, nous tremblons pour elles, serrons les poings face aux violences diverses qu’elles subissent, nous émouvons de leurs mouvements de solidarité. On ne saurait trouver meilleur signe que le double objectif de Yadav de nous informer et de nous faire réagir de façon viscérale a pleinement porté ses fruits.
   

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