03/07/2014

Zero Theorem : un retour aux sources prometteur

3,5 / 5

Il fut un temps où la critique prenait fait et cause pour Terry Gilliam, le soutenant lors du fameux bras de fer avec Universal qui refusait de sortir Brazil. 30 ans plus tard, Zero Theorem est selon une bonne partie de la presse l’œuvre hideuse d’un artiste fatigué qui n’a plus rien à dire. Au contraire, le dernier film de Gilliam confirme selon moi, après la réussite de L’  Imaginarium du docteur Parnassus, un retour du réalisateur au meilleur de sa forme, prêt à se lancer à nouveau dans la production de son projet maudit, L’homme qui tua Don Quichotte.


Il y a un air de famille évident entre Brazil et The Zero Theorem, qui traitent tous deux du destin d’un individu dans une dystopie policière orwellienne : la paperasserie et la bureaucratie ont simplement laissé la place à la surveillance via les réseaux numériques et les caméras omniprésentes. Sam Lowry s’échappait en rêvant, Qohen Leth (Christoph Waltz) se connecte dans des mondes artificiels. Probablement conscient des similitudes des deux récits, Gilliam s’autocite dans des saynètes, qu’il s’agisse d’un duo d’hommes de main qui débarquent chez notre antihéros tels les employés envahissants de Central Services, ou de l’irruption d’une livreuse de pizzas qui rappelle celle d’une livreuse de messages dans  Brazil. La fixation sur ses ressemblances n’est pas à l’avantage de Zero Theorem, qui n’arrive pas à la cheville de son illustre prédécesseur, chef d’œuvre de la science-fiction et plus grande réussite de son auteur.

Sur le fond, Zero Theorem peut donc se lire comme un remake non officiel disant l’épuisement de l’inspiration de Gilliam, mais ce ne serait ne pas prendre en compte sa forme. On retrouve l’esthétique baroque et kitsch propre au cinéaste, qui a fait dire à beaucoup que le film est laid ; Gilliam n’hésite pas encore une fois à commettre des fautes de goût, mais on est très loin de la laideur fade qu’a pu proposé Cronenberg dans Maps to the Stars. Le bric à brac visuel a ici l’avantage d’être assumé et de s’inscrire dans un style cohérent, à même de rendre aussi bien l’effervescence colorée d’une fête vulgaire que la tristesse du sanctuaire dans lequel se retranche Qohen, ou l’artificialité de carte postale d’un monde virtuel. Zero Theorem est même l’un des films les plus maîtrisés de Gilliam, le budget restreint alloué au film ayant poussé l’auteur à aller à l’essentiel : des films comme Le baron de Munchausen ou Las Vegas Parano, s’ils étaient l’occasion pour le réalisateur de laisser libre court à sa créativité visuelle débordante, échouaient en terme de récit construit là où le recentrage sur la trajectoire individuelle de Qohen structure efficacement Zero Theorem.

Emprunt de la noirceur et du pessimisme caractéristique de l’œuvre de Terry Gilliam, Zero Theorem pourra être resenti comme un récit déprimant à la conclusion frustrante. Il convient malgré tout de noter la légéreté bienvenue qu’amène chaque apparition de Mélanie Thierry, au jeu naturel atypique dans le cinéma  de Gilliam. Alors que l’énergie des films de l’auteur tenait jusqu’à maintenant de l’hystérie cartoonesque, le vent de fraicheur inattendu apporté par l’actrice revitalise son cinéma et offre l’espoir que le soleil ne s’est pas encore couché sur la carrière (profondément inégale, mais qui force aussi l’admiration) d’un artiste intègre.

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