15/02/2015

It Follows : horreur et adolescence

3,5 / 5

Quel mal se tapit derrière le décor paisible d’une banlieue pavillonnaire américaine ? C’est la question que se posait David Lynch dans Blue Velvet. La victime Isabella Rossellini y faisait irruption nue sur la pelouse d’une maison et rompait la tranquillité. Dans une rupture similaire, It Follows s’ouvre sur la sortie soudaine d’une jeune fille à peine habillée au crépuscule. L’hypothèse d’une violence domestique est vite écartée, le père ébahi et soucieux laissant partir  sans réagir sa fille qui semble fuir une présence invisible. La scène, filmée en un plan, est captée par une caméra mobile, comme mue par une conscience que la musique rend inquiétante. La jeune fille tétanisée s’isole sur une plage, et après une ellipse brutale on découvre au petit matin le tableau macabre de son corps démembré.


La sauvagerie de cette image en clôture de prologue va hanter le long métrage de David Robert Mitchell, qui n’a par ailleurs que peu recours à de telles explosions de violence. Le réalisateur préfère jouer d’une suggestion malaisante. Le « it » ou « ça » en français qui poursuit les personnages, comme le mal surnaturel chez Lynch, ne sera jamais pleinement explicité. Il est protéiforme et ses motivations comme sa nature resteront en partie obscures. Cette présence a quelque chose de l’inquiétante étrangeté freudienne, et elle emprunte d’ailleurs volontiers la forme familière d’un proche pour s’attaquer à ses proies.

Etrange et intriguant, It Follows l’est aussi par la forme. Le film s’inscrit à un croisement stylistique stimulant entre Virgin Suicides et le cinéma de John Carpenter. Du côté de Sofia Coppola, le métrage nous raconte les premiers émois sentimentaux et sexuels de l’héroïne Jay et de la bande qui l’entoure dans une ambiance éthérée à la douceur mélancolique que l’on retrouvait dans le premier long métrage de Mitchell, The Myth of the American Sleepover : la légende des soirées pyjamas. Mais la caméra qui semble traquer les personnages, le thème de la contamination du mal et la musique aux synthés minimalistes de Disasterpeace évoquent sans détours l’auteur de Halloween et The Thing. It Follows renoue même avec la dimension politique de l’œuvre de Carpenter en laissant apercevoir à nouveau, après Only Lovers Left Alive l’année dernière, la désolation des quartiers les plus pauvres de Détroit.



Au-delà de ses multiples références cinématographiques habilement digérées qui le rendent passionnant, It Follows s’offre comme une quintessence du cinéma d’horreur fantastique dont on ne s’étonne pas qu’elle ait séduit le jury président par Christophe Gans au festival de Gérardmer qui lui a décerné son Grand Prix. Le film de David Robert Mitchell applique finalement de manière littérale la dualité qui sous-tend une grande partie de ce genre, celle qui lie intimement le sexe et la mort. Cependant nul voyeurisme à outrance ici mais plutôt le portrait intimiste et juste d’une bande de jeunes adultes qui sonnent authentiques, interprétés par un casting attachant. Alternant scènes de suspens à la mise en scène efficace et pauses intimistes qui nous renvoient à nos hésitations de la fin de l’adolescence, It Follows convainc sur les deux tableaux et réussit au final l’exploit peu commun d’être à la fois terrifiant et touchant.

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