12/02/2014

American Bluff : l'art du faux

4 / 5

On avait remarqué David O’Russell à la fin des années 90 avec les Rois du désert, qui contribuait à lancer définitivement la carrière de George Clooney au cinéma après quelques ratés. On l’avait ensuite un peu perdu de vue jusqu’à un retour au premier plan au début des années 2010 avec The Fighter, puis Happiness Therapy l’année dernière. Dans les deux cas, les Oscars et Golden Globes ont reconnu le talent de directeur d’acteurs de David O’Russell, en récompensant les seconds rôles du premier film et l’actrice principale du deuxième. Et le cinéaste porte manifestement un amour particulier à ses interprètes, ayant choisi de réunir en tête d’affiche d’ American Bluff deux des acteurs principaux de The Fighter et deux de Happiness Therapy. Le film de david O’Russell possède néanmoins un charme qui dépasse la simple juxtaposition des performances d’acteurs apparente.


Dès sa première scène, American Bluff expose deux de ses principaux atouts : le caractère haut en couleur de ses personnages et une reconstitution soignée des années 70. L’apparition de Christian Bale bouffi et à la chevelure éparse, ajustant un postiche grotesque, le décolleté plongeant  d’Amy Adams, les bouclettes de Bradley Cooper, sont autant de signes excessifs pointant vers un ton comique que le film va se plaire à explorer ; pour les années 70, un ralenti sur les personnages avançant au son de Steely Dan lors du générique suffit à nous plonger avec élégance dans l’époque. 

Si cette entrée en matière est réussie, elle n’en revêt pas moins un caractère un peu artificiel, qui s’avère assez vite problématique dans un premier temps. En effet, passée cette introduction in medias res, le film opère un retour en arrière par l’intermédiaire de la voix off du personnage principal incarné par Bale : le problème posé alors est celui de la reprise à l’identique d’une structure caractéristique aux films Martin Scorsese (initiée avec les Affranchis, reprise avec Casino et Le loup de Wall street). Le film de David O’Russell, malgré sa forme impeccable, ne pourrait éviter l’écueil de copie un peu artificielle s’il en restait au niveau de cette exposition un peu laborieuse.


American Bluff met donc une petite demi-heure à se mettre en place mais une fois lancé, il a le grand mérite de fonctionner crescendo, en redistribuant intelligemment à plusieurs reprise les rôles et enjeux d’une intrigue à base d’arnaques et de coups montés qui gagne en ampleur au fur et à mesure. Cette construction scénaristique habile  fonctionnerait cependant à vide si elle n’était pas portée par des protagonistes bien développés : le tour de force du métrage de David O’Russell est de nous faire éprouver de l’empathie pour des personnages qui nous apparaissaient d’abord comme des caricatures de comédie. Les protagonistes d’American Bluff ont tous une part insatisfaite, sont motivés par des rêves qui permettent au spectateur de s’identifier à tour de rôle à chacun d’entre eux. En cela, David O’ Russell se permet même peut-être de surpasser Scorsese, dont le dernier Le loup de Wall Street souffrait un peu d’être construit autour d’un antihéros certes haut en couleur mais pour lequel on avait du mal à éprouver la moindre compassion.

David O’Russell s’avère donc plus qu’un simple faussaire tentant de copier un maître incontesté du cinéma. Il se positionne d’avantage comme son héritier, par l’intermédiaire d’un caméo. Alors que Robert De Niro joue un chef mafieux, avec à la clef un un flash-back où l’acteur semble reprendre son rôle des Affranchis, la référence est trop évidente pour tromper les cinéphiles sur la marchandise, et la copie revendiquée devient alors hommage. La similitude entre la transformation physique  de Christian Bale pour American Bluff et celle de De Niro pour Raging Bull est du même ordre : en un échange de regards en gros plans, le témoin passe d’un acteur à l’autre. Certes la transition met un certain temps à s’opérer, mais elle aboutit à un métrage qui sait allier divertissement et qualité, porté par un scénario bien construit, une forme parfaite et une brochette d’acteurs au sommet.

04/02/2014

Minuscule - La vallée des fourmis perdues : une petite réussite pour spectateurs en herbe

3,5 / 5
Après avoir exploré le monde des jouets dans Toy Story, John Lasseter et son studio Pixar avaient fait le pari pour leur deuxième production de s’intéresser à un monde remportant  a priori bien moins les suffrages auprès du public (jeune ou adulte, d’ailleurs) : celui des insectes.  C’est le même défi que se sont lancés en 2006 Hélène Giraud et Thomas Zsabo avec la série télévisée Minuscule, avec la contrainte supplémentaire d’un refus d’anthropomorphisme qui se retrouve aussi bien dans le design des personnages que le refus de dialogues. Le succès de la série, vendue dans le monde entier, a logiquement conduit à son développement pour le cinéma, mais l’adaptation du concept en format long parvient-elle à convaincre ?


L’ouverture du film sur le décor grandiose d’une vallée donne le ton du film. Là où la série se confinait à l’espace d’une clairière, son format allongé élargit les horizons, passant pour l’occasion du 16/9 au Cinemascope. A décor plus large, récit également plus ample qui répond à l’appel de l’aventure d’une nature sauvage. En l’occurrence, il s’agit de l’épopée d’une coccinelle qui à peine sortie du cocon se retrouve séparée de ses parents : à partir de ce schéma classique, le métrage élabore une intrigue autour d’une boîte de sucre, dans laquelle se réfugie le protagoniste (il s’agit d’un mâle) et qui conduit à une rencontre avec un groupe de fourmis.

Disons-le de suite, le scénario ne brille pas par son originalité, encore moins par sa complexité : après tout, le film a vocation à s’adresser aux très jeunes (dès 3 ans). D’une part, l’absence d’anthropomorphisme voulue a pour conséquence un caractère un peu unidimensionnel des personnages. Mais aussi, à la différence des productions Pixar, on n’est pas ici face à un récit familier mais détourné que les enfants pourront apprécier au premier degré et les adultes en s’amusant du jeu avec des codes rebattus (cf leur dernier opus Monstres Academy, parodie de « college movie » qui se permet d’offrir dans son final un commentaire réjouissant sur les films d’horreur contemporains du type Paranormal Activity). Cependant, Minuscule - La vallée des fourmis perdues a quelques qualités de taille qui lui permettent de maintenir l’intérêt des plus grands (adolescents comme adultes).


Le premier attrait du film est sa technique d’incrustation d’éléments animés dans des décors réels ; le procédé  crée un effet d’immersion et donne la réelle sensation de voir le monde à travers les insectes, là où des décors en images de synthèse auraient créé une distance. Cette esthétique visuelle convaincante est alliée à la construction d’un univers sonore riche et imaginatif, qui joue des références à notre réalité quotidienne : un trafic d’insectes autour d’un pique-nique abandonné devient ainsi semblable à un embouteillage. D'autre part, Minuscule - La vallée... n’offre peut-être pas le recul propre aux productions Pixar, mais il n’en affiche pas moins de belles références : les courses entre mouches et coccinelles évoquent Le retour du Jedi, la rencontre avec un lézard fait écho à Jurassic Park… Ce jeu de références cinématographiques culmine dans un climax spectaculaire où le siège d’une fourmilière acquiert la dimension épique des batailles du Seigneur des anneaux. S’il cite plus qu’il détourne ses illustres influences, Minuscule - La vallée des fourmis perdues a finalement le mérite d’offrir aux jeunes spectateurs une introduction cinéphilique d’une grande élégance au 7ème art.

03/02/2014

12 Years a Slave : la liberté perdue

3 / 5

Après le saisissant Hunger, qui racontait la grève de la faim menée jusqu’à sa mort par le prisonnier irlandais Bobby Sands, et Shame et son portrait un peu vain d’un « sex addict », le britannique Steve McQueen choisit pour son troisième long métrage 12 Years a Slave un nouveau récit mettant le corps au premier plan. Cette fois-ci le corps au centre de l’intrigue est incarné par Chiwetel Ejiofor, dont l’interprétation exceptionnelle en fait un des favoris des Oscars, bien qu’ elle ne lui ait pas valu le Golden Globe.


Comparé aux autres films sur l’esclavage, l’originalité de ce récit adapté des mémoires de Solomon Northup est de traiter d’un phénomène peu connu de la première moitié du 19ème siècle aux Etats-Unis : l’enlèvement d’afro-américains libres, vendus ensuite dans des états esclavagistes. Steve McQueen pose la situation de Northup avec un brio remarquable, à l’aide de plans savamment choisis et pour la plupart sans dialogues : le statut d’intégration dont jouit le protagoniste est ainsi résumé par une séquence de bal qui découvre Northup dans un recadrage une fois la musique interrompue, le visage de l’artiste s’offrant alors aux applaudissements. 

De façon générale, Steve McQueen s’affirme durant la première heure comme un conteur efficace, ce que ne laissait qu’assez  peu entrevoir ses deux précédents longs métrages qui privilégiaient la forme au fond. Durant ce premier temps, 12 Years a Slave passionne par deux aspects : d’une part, le film informe sur les détails du système de l’esclavage, comme lors de la présentation des esclaves dénudés vendus aux riches propriétaires dans un salon ; d’autre part, il joue des ambiguïtés morales des personnages, qu’il s’agisse d’un propriétaire d’esclaves au discours bienveillant (Benedict Cumberbatch) ou de Solomon Northup lui-même, qui espère regagner son statut d’homme libre en collaborant avec son « maître » et considère assez peu le sort de ses compagnons de misère, faisant passer sa survie avant tout.


Le trajet de remontée vers le statut d’homme libre de Northup est hélas interrompu de façon brutale, et laisse place dans un deuxième temps à un lieu infernal où s’enlise 12 Years a Slave, celui de la plantation de coton d’Edwin Epps. Certes Michael Fassbender, révélé par Steve McQueen avant de devenir son acteur fétiche, ne démérite pas dans ce rôle de propriétaire brutal, mais le récit stagne, pour s’attarder sur les souffrances des esclaves que l’on ne connait que trop bien : viols, coups de fouets à répétition, le tout en temps réel, dans des plans séquences desquels il est impossible de s’échapper. Steve McQueen reprend alors sa casquette de formaliste, et le spectateur hésite entre malaise et ennui. La prise de conscience finale de Solomon Northup à la sortie de  cet enfer a beau être émouvante, elle ne parvient pas à faire oublier cette deuxième heure éprouvante et lassante. 


30/01/2014

Le vent se lève : entre terre et ciel

4 / 5

Hayao Miyzaki est sans conteste un des géants du cinéma contemporain : grâce à lui, le manga a gagné ses lettres de noblesse sur la scène internationale avec des merveilles telles que Princesse Mononoké ou Le voyage de Chihiro. C’est dire si son dernier film était attendu, depuis son précédent long métrage Ponyo sur la falaise en 2008 (l’auteur avait cependant entretemps signé quelques scénarios pour des productions de son studio Ghibli). A la sortie de Ponyo le réalisateur japonais avait confié son intention de passer le flambeau, ce qu’il fait notamment avec son fils Goro ( Les Contes de Terremer, La Colline aux coquelicots ). 5 ans plus tard, Le vent se lève tient le rôle difficile d’être l’oeuvre ultime signée Hayao Miyazaki, selon les propres dires de son auteur. A 72 ans, après 11 films, Hayao Miyazaki peut se retirer sereinement de la scène cinématographique en laissant derrière lui quelques chefs d’oeuvre, mais qu’en est-il de son film testament ?


Entre les années 20 et 30, Le vent se lève retrace le destin de Jiro Horikoshi, ingénieur en aéronautique créateur des chasseurs bombardiers zéro utilisés par les Japonais durant la seconde guerre mondiale. Cependant, s’éloignant de la biographie littérale à laquelle se limite souvent le « biopic », Miyazaki mêle ce récit historique au roman de l’écrivain contemporain  de l’époque Tatsuo Hori intitulé Le vent se lève, dont la protagoniste est une femme atteinte par la tuberculose. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre » est par ailleurs un vers de Paul valéry cité dans le texte original par les protagonistes du film. A ce réseau d’influences il convient d’ajouter la part autobiographique du film pour Miyazaki, qui se retrouve aussi bien dans la passion pour l’aviation que dans les différents messages qu’il semble adresser au spectateur à l’occasion de séquences de rêves. 

Le vent se lève est donc un film à la structure complexe, à la différence des précédentes oeuvres de Miyzazaki dont les récits clairs trouvaient plutôt leur richesse dans des niveaux de lectures multiples. L’auteur a lui-même exprimé des appréhensions quant à la nature de son projet, à l’opposé des précédents films de Ghibli < dans un entretien accordé en 2010 à la revue « Positif », et publié dans le numéro 635 de janvier 2014 > . Le spectateur n’est pas embarqué dans Le vent se lève comme il pouvait l’être dans Porco Rosso, Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro ou Le château ambulant. S’il est prévisible de moins retrouver le sens du merveilleux et de l’aventure dans un récit plus réaliste et intimiste, il convient d’évoquer une certaine frustration produite par le film. 


Les multiples facettes du Vent se lève donnent parfois l’impression d’une narration fragmentaire qui sacrifie certains éléments au profit d’autres, et pas les plus intéressants à mon sens. J’ai ainsi eu du mal à m’intéresser à la partie européenne du Vent se lève, que Jiro se rende en Allemagne ou rencontre un intellectuel allemand dans une pension japonaise ; alors que le personnage de la soeur de Jiro ou son collègue ingénieur, bien qu’intéressants, me semblent sous-exploités. Globalement, après une ouverture prometteuse sur un court épisode de la jeunesse de Jiro aspirant à voler (magnifique fondu qui superpose le visage de l’enfant aux étoiles) et une séquence de tremblement de terre impressionnante, j’ai eu de la peine à rentrer dans la première heure du film. La deuxième partie du film me semble bien plus réussie : en trouvant un véritable coeur narratif dans la relation  amoureuse entre Jiro et Naoko, le récit trouve aussi sa tonalité, celle d’un romantisme tragique. Lors de la scène de mariage, la magie à laquelle Miyazaki nous a habitué opère : après l’apparition merveilleuse d’une mariée fantôme à la beauté diaphane, les touches d’humour apportées par les témoins du mariage donnent à la scène un caractère touchant et familier. Le vent se lève est parsemé de tels moments merveilleux (magnifiques séquences de vol) qui rachètent facilement les creux du récit.

Enfin, la beauté des dessins subjugue une fois de plus. Sous influence impressionniste, comme le suggèrent les peintures de Naoko, Miyazaki dépeint la nature avec une finesse incomparable, qu’il s’agisse de nuages aux myriades de couleurs, de forêts aux détails foisonnants ou même du vent invisible. Allant plus loin dans sa logique esthétique, le réalisateur va jusqu’à réaliser des bruitages à la bouche, notamment ceux des moteurs d’avion. Et quoi de plus naturel, pour ces machines qui sont l’incarnation de nos rêves, comme l’explique l’ingénieur italien Giovanni Battista Caproni à Jiro dans une scène onirique. Il lui explique aussi que chaque artiste ou ingénieur doit profiter au mieux des 10 ans de pic créatif qui lui sont échus. Le maître japonais de l’animation l’a fait mentir en ayant construit une oeuvre admirable sur plus d’une trentaine d’années. 


27/01/2014

Mes 10 rendez-vous au cinéma pour 2014


The Grand Budapest Hotel de Wes anderson (sortie le 26 février)


Wes Anderson peut donner l’impression de tourner en rond, dans une attitude de dandy  metteur en scène réutilisant à l’envi son style d’une forme impeccable mais un rien lassante (de Rushmore à Moonrise Kingdom, en passant par La famille Tenenbaum ou La Vie aquatique). Néanmoins,  son dernier opus, Moonrise Kingdom, était un de ses opus les plus réussis, et le casting luxueux de The Grand Budapest Hotel en fait un rendez-vous incontournable.


Captain America, le soldat de l’hiver de Joe et Anthony Russo (sortie le 26 mars)


A ma grande surprise, j’avais bien aimé le premier volet des aventures du super-héros étoilé, un peu sous-utilisé et en retrait dans The Avengers (mais que pouvait-il faire face à Robert Downey junior?). On peut parier que le film sera par rapport à son prédécesseur ce que Thor : le monde des ténèbres a été à Thor : une suite plus spectaculaire et ambitieuse, débarrassée d’un récit d’origines souvent laborieux. Le fait que le film soit inspiré d’un arc narratif du comic book acclamé par les critiques et les fans laisse également augurer du meilleur.


Need for speed de Scott Waugh (sortie le 16 avril)


Suite à la disparition tragique de Paul Walker , la sortie de Fast and Furious 7, plaisir coupable attendu, est reportée à 2015. En attendant, on se consolera avec cette adaptation d’une série de jeux vidéos à succès, qui a l’air d’être un film d’action visuellement spectaculaire avec une intrigue de vengeance assez basique mais efficace.


 The Raid 2 : Berandal de Gareth Evans (sortie le 16 avril)


The Raid de Gareth Evans était un film d’action intense, violent et jouissif. La bande-annonce de sa suite laisse entrevoir un récit plus ample, peut-être moins évident à maîtriser que le dispositif de huis clos efficace du premier opus. Mais si l’on en croit les premiers échos très élogieux de la projection du film au festival de Sundance, tous les espoirs sont permis. Néanmoins, à déconseiller aux âmes sensibles, a priori.


X-men : days of future past de Bryan Singer(sortie le 21 mai)


Maintenant que X-men : le Commencement et dans une moindre mesure Wolverine : le combat de l’immortel ont relancé la franchise des mutants de Marvel Comics, X-men : Days of Future Past a tout l’air d’une apothéose. Si la base solide de l’arc narratif original du comic book adapté est un gage d’espoir pour les fans, le retour de Bryan Singer aux commandes (qui a signé le meilleur film de la série avec X2) a de quoi réjouir également. Et surtout, le métrage est l’occasion de réunir le casting le plus époustouflant de l’année : Ian McKellen, Patrick Stewart, Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender, Hugh Jackman, Jennifer Lawrence et l’exceptionnel Peter Dinklage, pour ne citer qu’eux !


Under the skin de Jonathan Glazer (sortie le 25 juin)



Je guetterai le film de Glazer en partie parce que l’idée de caster Scarlett Johansson en extraterrestre prédatrice sexuelle me paraît excellente, et surtout parce que la bande-annonce laisse présager un ovni à l’ambiance hallucinatoire et lynchienne. Oui, David Lynch au cinéma me manque…


Les gardiens de la galaxie  de James Gunn (sortie le 13 août)


Je n’ai jamais lu la série de comics dont le film est adapté et pour l’instant peu d’éléments ont filtré sur ce troisième projet Marvel de 2014. Cependant, la promesse d’une aventure galactique et épique et la présence d’un raton laveur extraterrestre aux gros flingues (avec la voix de Bradley Cooper) parmi les personnages principaux suffisent amplement à provoquer mon enthousiasme. J’attends des Gardiens de la galaxie d’être le film le plus « fun » de 2014, ni plus ni moins.


Hercule de Brett Ratner (sortie le 27 août)


Comme je l’ai rappelé plus haut, il n’y aura finalement pas de Fast and furious cette année. Chaque occasion de voir l’inénarrable Dwayne Johnson  dans d’autres films sera donc à guetter, et en premier lieu cet Hercule. Tant pis si le film est réalisé par un faiseur peu inspiré d’Hollywood, voir l’ancien catcheur devenu « action hero » charismatique incarner le demi-dieu grec est un événement à ne pas manquer.


Interstellar de Christopher Nolan (sortie le 5 novembre)


La trilogie Batman bouclée, la saga Superman lancée, Christopher Nolan peut revenir à des projets plus personnels. Le teaser d’ Interstellar ne dévoile pas grand chose, mais il est bon de rappeler que les deux derniers films réalisés par Nolan à partir d’histoires entièrement conçues par lui-même sont Memento et Inception. On est impatients de voir ce qui fera suite à ces deux réussites majeures.


Le Hobbit : histoire d’un aller et retour de Peter Jackson (sortie le 17 décembre)


Le deuxième volet des aventures de Bilbo n’a pas eu les honneurs de faire partie de mon top 10 de 2013, mais était à la hauteur de celui qui l’a précédé. La conclusion du Hobbit devrait en toute logique clôre de façon épique et merveilleuse un divertissement de grande qualité, et mettre un point final à une trilogie qui, combinée au Seigneur des anneaux, constitue la meilleure saga de films d’aventure du 7ème art (ce statut ne peut raisonnablement revenir à Star Wars, la faute à une « prélogie » au mieux inégale).


Hors catégorie : le film que je suis impatient de revoir

Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (sortie le 19 février)


Vu à Cannes l’année dernière, le dernier film de Jim Jarmusch est d’ores et déjà un candidat sérieux au titre de meilleur film de 2014. D’une classe folle, Only Lovers Left Alive met en scène un des couples les plus beaux vus au cinéma depuis longtemps, des immortels romantiques incarnés par un Tom Hiddleston et Tilda Swinton dignes des plus grandes icônes pop. A la fois légère et d’une grande intelligence, cette comédie mélancolique redonne ses lettres de noblesse à une figure vampirique assez malmenée dernièrement.

25/01/2014

2013 en 10 films (5-1)

5- Wadjda


Premier film tourné en Arabie Saoudite, Wadjda dépeint une société aux mains d’hommes qui ne laissent que peu de libertés d’expression aux femmes ; sa réalisatrice, Haifaa Al Mansour, a du ainsi en diriger les scènes d’extérieur à distance, dissimulée dans une camionnette. Mais il serait réducteur de limiter ce métrage attachant à un simple pamphlet, pour indispensable qu’il soit : d’abord parce que loin de tout manichéisme, le film décrit avec une grande finesse les rapports homme / femme dans l’Arabie Saoudite ; et surtout parce que Wadjda nous touche en contant l’aventure ordinaire d’une enfant pas si éloignée de nous qui rêve juste de pouvoir s’acheter une bicyclette comme les garçons.

Points forts : un message d’espoir magnifique sur l’indépendance à venir de femmes opprimées, la plus belle séquence finale de l’année


4- Le Congrès


5 ans après Valse avec Bashir, étonnant dessin animé documentaire, Ari Folman est revenu cette année avec un métrage à la forme tout aussi originale et passionnante. Film live puis dessin animé aux couleurs chatoyantes, Le Congrès gagne sur les deux tableaux, proposant un univers de science-fiction fascinant où les acteurs de cinéma vendent leur image de façon irrémédiable. A-t-on encore besoin des interprètes (souvent bien trop payés, comme l’a si bien fait remarquer Vincent Maraval)? Le retour éblouissant de Robin Wright dans un premier rôle est-il le chant du cygne d’une race en voie de disparition? Peu probable, et tant mieux, tant la force émotionnelle du Congrés repose sur son actrice principale.

Points forts : deux scènes d’une beauté bouleversante : une où Robin Wright montre toute la palette de son expressivité avant d’être absorbée par l’obscurité, et la renaissance finale où l’actrice choisit enfin sa place


3- Snowpiercer : le Transperceneige


J’attendais avec une appréhension les films des génies coréens Park Chan Wok et Bong Joon Ho. Si le premier s’est fait mettre sous cloche par Hollywood, comme le suggère le générique de son Stoker brillant par intermittences et finalement assez ennuyeux,  le deuxième se sort avec les honneurs de l’exercice périlleux du film au casting international. Snowpiercer bénéficie d’une mise en scène inventive, d’une interprétation exemplaire (Song Kang-Ho toujours phénoménal, Chris Evans intense, John Hurt impérial, Tilda Swinton géniale dans le grotesque) et d’un rythme effréné. Petit bémol : si le film explore avec délectation les zones d’ombre d’un scénario post-apocalyptique et fait preuve d’une énergie sauvage renversante, le retour relatif à l’ordre lors de la dernière partie, pas mauvaise mais trop explicative, est décevant. 

Point fort : la confrontation du groupe d’insurgés avec des hommes cagoulés, mise en scène avec une inventivité bluffante


2- Blue Jasmine


A force de proposer imperturbablement un film par an, Woody Allen peut provoquer une lassitude, et ses dernières réussites tenaient de la balade agréable (en Espagne pour Vicky Christina Barcelona, dans Paris et le passé pour Minuit à Paris), loin du niveau d’accomplissement de ses chefs d’oeuvre polyphoniques et ambitieux des années 80 (Hannah et ses soeurs ou Crimes et délits). Diamant noir, Blue Jasmine est un véritable retour en force de son auteur, assisté par une Cate Blanchett extraordinaire qui mérite toutes les récompenses. Ce qui fait aussi le prix de cette comédie d’une férocité réjouissante, c’est la lucidité de Woody Allen qui nous dévoile ce qui sous-tend la logorrhée inépuisable  qui caractérise nombre des personnages qu’il a incarné : la folie.

Point fort : l’explosion désespérée de l’héroïne incarnée par Blanchett confrontée au départ son mari, une scène d’une intensité émotionnelle rare chez Woody Allen


1- Cloud Atlas


On n’attendait plus grand chose des Wachowski, et voilà qu’accompagnés de Tom Tykwer  ils livrent le film le plus stimulant de l’année, une oeuvre somme à l’image du roman dont elle est adaptée. Film en costumes, drame, comédie, thriller, film de science-fiction, Cloud Atlas est tout cela à la fois, mêlant miraculeusement une multitude de récits dans un ensemble esthétique cohérent, au moyen de montages parallèles qui relèvent de la prouesse. Le message final a beau être un peu convenu, le plaisir ludique procuré au spectateur par ce film total tient à sa folle ambition et à l’enthousiasme communicatif des acteurs (Tom Hanks avec son accent cockney est un sommet comique). Osant le kitsch et un mélange des genres jubilatoire, Cloud Atlas a l’étoffe des films culte dont on pardonne tous les défauts.

Point fort : difficile d’extraire un récit de cette symphonie époustouflante, mais ma préférence va à celui mettant en scène le compositeur du Cloud Atlas Sextet

24/01/2014

2013 en 10 films (10 -6)

10- The Grandmaster 


Le dernier film de Wong Kar-Wai a les honneurs de figurer dans ce top, mais il s’agit néanmoins du film le plus frustrant de l’année. Le métrage a beau être visuellement sublime, le récit des vies des légendes du kung fu Ip Man et Gong Er laisse le spectateur sur sa faim, tant des pans entiers de la narration semblent manquer, laissant notamment de côté un troisième protagoniste au potentiel narratif inexploité. Poème sensoriel envoûtant, pareil à une rêverie d’opium, The Grandmaster aurait bénéficié d’une structure narrative et d’enjeux plus clairement définis. Restent des personnages  charismatiques qui stimulent l’imagination, et un souffle lyrique digne des plus grands Sergio Leone.

Point fort : une dernière partie, construite autour de la dernière rencontre entre Ip Man et Gong Er, d’une beauté mélancolique saisissante


9- Les Garçons et Guillaume, à table ! 


Le premier film de Guillaume Gallienne, adapté de son spectacle, a été le succès français surprise de l’année avec plus de 2 millions d’entrées. Nul doute que le talent de l’acteur et l’originalité du propos de son récit ont créé un phénomène de bouche-à-oreille favorable, bien mérité. Bénéficiant d’un texte soigné, Les Garçons et Guillaume, à table ! est une comédie globalement réjouissante, à laquelle on pardonne une ou deux facilités (la scène avec Diane Kruger à la station thermale, un peu « grosse » tout de même). Là où la comédie française est souvent cynique, Gallienne livre un autoportrait certainement romancé mais d’une sincérité rafraichissante, qui se dévoile sur sa fin comme un hommage vibrant.

Point fort : Guillaume Gallienne, fabuleux acteur-narrateur


8- A Touch of Sin 


Balade passionnante à travers une Chine en proie aux tensions sociales, le film de Jia Zhang Ke propose quatre récits inspirés de faits divers violents. Si A touch of Sin ressemble au final plus à un recueil de courts métrages qu’à un long métrage homogène (peu de liens sont tissés entre ses parties), ce défaut est compensé par la force individuelle de chaque épisode. Le tableau très noir et assez glaçant, qui aurait été pesant sur a longueur, est sauvé par un ton tragi-comique (dans le premier récit avec l’ancien mineur, dans un autre avec une parade militaire grotesque) ou des élans lyriques surprenants (un feu d’artifice éblouissant, une charmeuse de serpents).

Points forts : le tableau ambitieux d’un pays en crise, la grandeur romanesque donnée aux protagonistes ordinaires des quatre récits


7- Gravity


On lui prédit une flopée d’oscars, et à raison. Par la seule force de sa mise en scène, Alfonso Cuaron parvient à créer une immersion époustouflante dans l’espace, faisant oublier toute la logistique qui a permis la création des images sublimes qu’il donne à voir au spectateur. Film techniquement impressionnant, offrant la 3D la plus convaincante à ce jour, Gravity a aussi le culot de dissimuler ses deux stars glamour sous des combinaisons d’astronautes pendant près d’une heure, ne nous faisant percevoir ses personnages que par leur seule voix. Si je suis pour ma part resté un peu extérieur au récit, que j’ai trouvé un peu trop basique et répétitif, je reconnais volontiers que l’aboutissement esthétique du film de Cuaron en a fait l’expérience cinématographique incontournable de l’année.

Points forts : un brio de mise en scène à couper le souffle, l’image de Sandra Bullock s’éloignant dans l’obscurité de l’espace (déjà un des plans les plus marquants de l’histoire du cinéma)


6- Le géant égoïste


Dans le géant égoïste, comme dans le très bon Fish Tank il y a quelques années, les chevaux représentent un rêve de fuite impossible d’un marasme social implacable : on voit là planté le décor de tout un pan du cinéma anglais, dans la lignée de Ken Loach. Le premier film de Clio Barnard retrouve un peu de la beauté désespérée de Kes, un des premiers films de Loach qui mettait en scène un jeune adolescent dont les deux jeunes protagonistes du géant égoïste sont en quelque sorte les héritiers. Peinant à s’intégrer au système scolaire, Arbor et Swifty préfèrent subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs mères désemparées en récupérant (ou en dérobant) des métaux pour le ferrailleur Kitten. D’une grande dureté, le film de Barnard prend à la gorge, dresse le tableau d’un monde impitoyable où la tendresse et la compassion n’ont plus de place. Le tout est cependant sauvé de l’austérité par l’énergie de ses deux interprètes principaux et le regard profondément humaniste de sa réalisatrice qui nous offre le dénouement le plus émouvant de l’année. Soyez prévenus, vous finirez en pleurs.

Point fort : un duo de jeunes héros inoubliables