13/12/2011

Something for the week (1) : L'ordre et la morale, Carnage, Footnote

Le but de cette rubrique hebdomadaire et informelle est d’offrir des avis plus concis sur certains films que j’ai vus et qui ne bénéficient pas d’un traitement en article plus approfondi (ce qui ne présage en rien de leur qualité).

 L'ordre et la morale : 4 / 5
Carnage : 3 / 5
Footnote : 4 /5



Après le choc de La haine il y a 15 ans, Mathieu Kassovitz avait déçu avec un Rivières pourpres conventionnel voire raté. Je ne me prononcerai pas sur sa carrière américaine, n'ayant vu ni Gothika ni Babylon AD, mais les échos que j'ai pu en avoir et le conflit ouvert qui a opposé le réalisateur aux producteurs me laissent dubitatif quant à la qualité artistique de ces deux films. Avec L'ordre et la morale, Kassovitz fait cependant un "come back" réussi dans le cinéma hexagonal en faisant preuve d'un savoir-faire qui n'a rien à envier à l'efficacité hollywoodienne. Je ne m'étendrai pas sur le faux débat quant à la véracité du récit fait sur la prise d'otages de gendarmes français en Nouvelle Calédonie qui s'est résolue par une intervention musclée : le film de Kassovitz prend évidemment parti en privilégiant le point de vue du chef du GIGN Philippe Legorjus, mais ce n'est pas tant dans son aspect révolté et dénonciateur que le film convainc que dans la tension efficace et la mise en scène virtuose qu'il propose. 

Si Kassovitz fait un peu maladroitement référence à Apocalypse Now avec une voix off pesante et une réutilisation de la fameuse transition pale de ventilateur-hélicoptère, le film se rapproche finalement moins du style opératique de Coppola que de l'expérience intime et humaniste de Platoon. La scène de l'assaut final est notamment un grand moment de cinéma de guerre, au plus près de l'angoisse d'un groupe ramassé face à un chaos environnant incompréhensible. D'une maîtrise formelle indéniable, L'ordre et la morale parvient également à trouver un enjeu émotionnel efficace dans la relation entre Philippe Legorjus et Alphonse Dianou incarnée avec justesse par le réalisateur et Iabe Lapacas, impressionnant en leader révolutionnaire piégé dans un cercle de violence.


Si Kassovitz s'est remis de son errance aux États-Unis, on peut se réjouir également de voir si tôt un nouveau film de Roman Polanski après ses déboires avec la justice internationale. Adaptation d'une pièce de Yasmina Reza, Carnage n'a certes ni l'envergure de l'essentiel Pianiste ni la grandeur formelle de The Ghost Writer mais donne à voir une très belle performance collective que permet un casting idéal, jouant de l'image de ses acteurs pour la pousser aux extrêmes ou la déconstruire : bonhommie pour John C.Reilly, cynisme pour Christoph Waltz, intégrité sans faille pour Jodie Foster et dignité en retrait pour Kate Winslet. Si la mise en scène simple semble n'être qu'au service des acteurs, la grammaire du champ-contrechamp est aussi idéale pour illustrer les affrontements verbaux, signifier la tension sourde dès les premières minutes de cette réunion d'adultes qui se croient plus civilisés que leurs enfants dont l'un a défiguré l'autre. La cruauté du texte de Yasmina Reza permet à Polanski de trouver une nouvelle forme, celle d'une comédie grinçante qui évoque Woody Allen en plus "trash", tout en poursuivant son exploration pessimiste d'un monde où la sauvagerie et la folie l'emportent souvent sur la raison.


Footnote, film israélien qui a remporté le prix du scénario au dernier festival de Cannes, joue lui aussi sur le registre de la comédie noire : le film raconte la relation conflictuelle sous-jacente qui oppose un fils couvert d'honneurs, Uriel, et son père chercheur dans l'ombre, Eliezel, tous deux spécialistes du Talmud, qui prend toute son ampleur après l'annonce du prix d'Israël. L'humour absurde est l'angle par lequel Joseph Cedar raconte cette intrigue aux accents tragiques fortement inscrite dans la culture intellectuelle juive, qui n'est pas sans rappeler le formidable A serious man des frères Coen. Footnote substitue aux joutes verbales et conflits ouverts de Carnage le règlement de comptes indirect par les mots assassins des textes écrits, illustré dans un montage qui met brillamment en parallèle l'entretien qu'accorde Eliezel à une journaliste et l'écriture d'une lettre où Uriel peine à choisir les mots pour décrire l'œuvre de son père. Le film qui n'apporte pas d'issue définitive concernant le conflit entre les générations pourra en dérouter plus d'un, mais la séquence finale quasi-muette et presque surréaliste où Eliezel l'homme de savoir se retrouve sans repères est un des moments forts de cinéma de cette année.


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