03/12/2011

Something for the weekend (2) : Toutes nos envies, La couleur des sentiments

Le but de cette rubrique hebdomadaire et informelle est d’offrir des avis plus concis sur certains films que j’ai vus et qui ne bénéficient pas d’un traitement en article plus approfondi (ce qui ne présage en rien de leur qualité).

Toutes nos envies: 2 / 5 
La couleur des sentiments: 3 / 5

 
Avec Welcome, Philippe Lioret faisait une proposition de cinéma stimulante : la rencontre entre un réfugié kurde qui voulait rejoindre sa dulcinée en traversant la Manche à la nage et un maître-nageur qui l’accueillait chez lui illégalement s’inscrivait dans une réalité sociale tout en trouvant un souffle romanesque. Toutes nos envies fait le même pari de mêler problème de société et drame intime. Claire (Marie Gillain) se retrouve juge d’un procès pour surendettement intenté contre une mère d’élèves de l’école fréquentée par sa fille et décide de partir en guerre contre les sociétés de crédit avec l’aide d’un juge désabusé, Stéphane (Vincent Lindon) ; à ce drame juridique et social s’ajoute le drame intime du cancer incurable auquel Claire doit faire face. Malheureusement la cohabitation entre les deux récits s’avère moins efficace que dans le précédent film de Lioret dans ce qu’ils paraissent moins imbriqués l’un dans l’autre. 

Après un démarrage intéressant qui présente la partie juridique la plus originale du film, ce dernier s’enlise dans un pathos pesant au fur et à mesure que la maladie de Claire progresse, jusqu’à l’immobilisme d’un lit d’hôpital. Malgré l’énergie déployée par les acteurs et quelques belles scènes (surtout le retour du couple de héros sur les lieux de vacances de l’enfance de Claire), ce récit d’une mort annoncée qui s’impose progressivement au premier plan peine à maintenir l’attention du spectateur, entre scènes obligées vues mille fois ailleurs et manque de retournements de situation. Toutes nos envies détonne par ailleurs dans un contexte de récits de victoire sur la maladie ou le handicap plus galvanisants comme La guerre est déclarée ou Intouchables. Peu agréable, le film de Philippe Lioret échoue donc à renouveler le miracle de son film précédent original et émouvant.


On pourra faire le même reproche de manque d’originalité à La couleur des sentiments de Tate Taylor, adaptation classique d’un « best-seller » ayant déjà rencontré un succès commercial prévisible aux Etats-Unis. Pas de surprises dans ce récit qui se déroule dans le Mississipi des années 60 sur fonds de droits civiques et décrit les relations entre les domestiques noires et leurs employées : les personnages sont proches des stéréotypes, entre opprimées emplies de sagesse populaire, maîtresses de maison favorables à la ségrégation menées par une Bryce Dallas Howard antipathique à souhait (dans un registre similaire mais encore plus poussé que dans 50/50) et l’héroïne blanche révoltée par le traitement des femmes noires. Au-delà de ce manichéisme, la touche de nouveauté vient de la relation mère-fille évoquée entre les enfants et les domestiques dont elles sont la charge, mais le sujet trouve davantage sa place sur le petit écran comme téléfilm de luxe que sur grand écran. 

Cependant le film bénéficie d’un déferlement de bons sentiments emprunts de dignité humaine et d’un casting sans failles : Viola Davis et Octavia Spencer sont extraordinaires, la première dans la retenue (pendant dramatique) et la seconde dans la révolte affichée par un caractère bien trempé (pendant comique) tandis que Jessica Chastain est bluffante en avatar de Marilyn Monroe aux antipodes de la mère diaphane de Tree of Life. A la fois léger et émouvant, La couleur des sentiments témoigne de l’efficacité redoutable du cinéma américain : on en ressort un peu bête d’avoir les larmes aux yeux mais réjoui.  
  

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