14/08/2015

Cinéma et comics (3) : "Les 4 Fantastiques" et l'avenir de Marvel Studios

Les 4 Fantastiques 3 / 5

Le reproche de la faiblesse des super-vilains des productions Marvel Studios est récurrent mais on est obligés de concéder à Kevin Feige que la Fox possède les droits des deux méchants les plus complexes de Marvel Comics, à savoir Magneto et le docteur Fatalis. Si le mutant a eu droit aux deux interprétations charismatiques de Ian McKellen et Michael Fassbender, l’ennemi des 4 Fantastiques fait malheureusement un peu les frais des soucis de production qui ont entouré la nouvelle adaptation de la Fox.


Objet cinématographique bicéphale, la dernière livraison de la Fox est autant l’œuvre de Josh Trank que de Simon Kinberg. La forme s’en ressent : tandis que les deux tiers du film se déroulent au rythme du travail scientifique à tâtons de Red Richards et son équipe, la dernière demi-heure présente une soudaine accélération narrative jusqu’à un dénouement à grand spectacle superhéroïque d’une brièveté déroutante. Il s’agit d’évidence de sauver une production qu’on sait chaotique, et Les 4 Fantastiques est de ce point de vue à moitié abouti. Il n’en présente pas moins assez d’éléments intéressants pour se hisser au dessus des productions les plus faibles de Marvel Studios telles que les suites d’Iron Man ou L’ère d’Ultron.

« Reboot » de la franchise des « 4 Fantastiques » après les premières adaptations par la Fox dans les années 2000 fidèles au comic original, cette version a le mérite de proposer une nouvelle direction. Le parti pris réaliste et horrifique de Josh Trank peut certes déconcerter et sembler une trahison de l’esprit familial, psychédélique et coloré de la bande dessinée de Stan Lee et Jack Kirby. Néanmoins ce choix artistique fournit l’occasion des séquences au suspens et à l’intensité dramatique rarement atteints dans les productions Marvel Studio. Toute la partie de la découverte de leurs pouvoirs par les héros est ainsi d’une noirceur angoissante qui change agréablement du caractère lisse des productions de Kevin Feige. 


Les libertés prises par rapport à la caractérisation des personnages originaux peuvent prêter à discussion mais ont des effets bénéfiques incontestables. Qui regrette vraiment la Susan Storm femme et mère au foyer soumise et ne lui préfère pas sa version moderne plus indépendante ? Vu son accueil négatif par les spectateurs, le caractère ostensiblement inabouti du film aura primé sur ses qualités, et on peut douter qu’une suite sera donnée à ces 4 Fantastiques. Ce n’est peut-être pas un mal car sans Josh Trank aux manettes, le projet aurait probablement perdu beaucoup de la personnalité de ce premier opus.


Il peut paraître étrange d’évoquer la question d’auteurs pour des blockbusters dont le budget monumental implique une prise de risque minimale pour une rentabilité maximale. Suivant ce précepte, Marvel Studios se repose sur la formule qui a fait le succès de ses films au Box Office. Cependant, la lassitude éprouvée à la vision de L’ère d’Ultron indique un besoin de renouvellement qui peut être amené par des réalisateurs à la personnalité atypique tels que James Gunn. 

Pour l’année prochaine on espère alors que les frères Russo nous livreront un spectacle intelligent pareil à leur Soldat de l’hiver avec le troisième volet des aventures solo de Captain America, mais on est surtout impatients de découvrir le Docteur Strange de Scott Derrickson. Habitué au cinéma d’horreur, le cinéaste pourrait faire le choix d’une tonalité plus sombre, semblable à celle des 4 Fantastiques, pour les aventures d’un héros dont le statut d’ « outsider » est l’occasion d’une liberté créatrice hors des sentiers rebattus, à l’image de ce qui s’est produit avec les Gardiens de la galaxie. 


Mais peut-être se fourvoie-t-on un peu en attendant d’être subjugués par les productions de Marvel Studios au cinéma. Une fois n’est pas coutume, le cinéphile que je suis vous encourage à vous tourner vers vos ordinateurs ou écrans de télévision et à voir (ou revoir) Daredevil. Soit 13 heures de pur plaisir pour ceux qui comme l'auteur de ces lignes prennent les comics très au sérieux.

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