24/10/2014

Gone Girl : David Fincher maître du suspense

4 / 5

En se penchant sur la carrière de David Fincher, il est difficile de saisir une thématique ou un quelconque fil conducteur. Habile artisan plus qu’auteur, le réalisateur chaméléon a pourtant su se frayer un chemin vers une reconnaissance à la fois critique et publique. Ce succès sur les deux fronts tient en partie à un positionnement dans l’air du temps sensible dans ces derniers films, qu’il s’agisse de traiter de la genèse de Facebook pour The Social Network ou d’adapter un best-seller avec Millenium. Mais c’est surtout la maestria technique du réalisateur et sa volonté de s’adresser à l’intelligence du spectateur qui ont fait de lui le cinéaste le plus populaire des années 2000 aux côtés d’un Christopher Nolan qui applique des recettes similaires. L’admirable Gone Girl confirme ce statut et met en évidence une ascendance artistique déjà devinée dans le reste de l’œuvre de Fincher, celle d’Alfred Hitchcock.



Un matin, la femme de Nick Dunne (Ben Afleck) disparaît de façon suspecte. Il avertit la police, et lance un appel pour la retrouver. La découverte progressive de flashbacks illustrant des extraits du journal intime tenu par sa femme Amy (Rosamund Pike) laisse cependant penser que derrière cette façade de mari aux abois se cache un individu beaucoup plus trouble. En parallèle l’ignorance dans laquelle se trouve Nick des détails du quotidien d’Amy font d’elle une figure ambiguë. Le double récit évoque alors Soupçons pour le point de vue de la femme apeurée et Pas de printemps pour Marnie pour celui du mari. Balotté entre ces deux versions, on prend plaisir à se laisser surprendre par une multitude de retournements de situation qui nous amènent à constamment changer notre point de vue sur les personnages. Ben Afleck incarne la veulerie et l'hypocrisie de Nick avec un plaisir communicatif et on retrouve avec Rosamund Pike  le glamour et l'ambiguité des plus grandes blondes hitchcockiennes.



La richesse narrative et la structure impeccable de Gone Girl sont à mettre au crédit de Gillian Flynn, à la fois auteur du roman d’origine et de son adaptation. Mais l’efficacité de la mise en scène de David Fincher, que ce soit au niveau du découpage ou du rythme donné au récit, transcende ce scénario très bien construit pour en faire une œuvre qui nous envoûte de la première à la dernière seconde. A l’époque de Panic Room, David Fincher tentait vainement d’imiter Hitchcock par des effets de caméra voyants. Aujourd’hui, assisté par un Trent Reznor dont les ambiances musicales électroniques ont succédés aux boucles pour cordes de Bernard Herrmann, il est devenu avec la maturité artistique le digne fils spirituel de son modèle.

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