12/06/2014

Deux jours, une nuit : l'union fait la force

4,5 / 5

Habitués des récompenses cannoises (avec entre autres 2 palmes d’or et 1 grand prix du jury à leur actif),  les frères Dardenne seront repartis bredouille avec Deux jours, une nuit. Avec ce nouveau long métrage, les frères cinéastes poursuivent pourtant sur la lancée de leur précédent opus, le magnifique Gamin au vélo, et le prix d’interprétation féminine n’aurait pas été de trop pour saluer la prestation de Marion Cotillard.


Le synopsis de Deux jours, une nuit relève d’un dispositif d’une simplicité qui pourrait faire craindre la répétition lassante : afin de garder son emploi, Sandra (Marion Cotillard) doit convaincre la majorité de ses collègues de renoncer à leur prime et rend visite à chacun d’entre eux. Ce programme narratif simpliste se révèle cependant d’une efficacité remarquable, d’abord parce qu’il instaure un suspens croissant (au fur et à mesure des refus, les chances de la protagoniste de garder son poste s’amenuisent) mais surtout parce que cette simplicité laisse une place de choix aux collègues visités par Sandra.

Chaque étape du trajet de l’héroïne est l’occasion d’une rencontre avec des personnages brossés en quelques mots et gestes mais dont l’humanité débordante balaie toute impression de répétition mécanique. Le talent des Dardenne est de susciter en quelques instants notre intérêt pour une myriade d’anonymes dont nous connaissons à peine les vies mais qui sonnent tous profondément vrais. Filmées en un plan, ces rencontres témoignent de la maîtrise extraordinaire de la direction d’acteurs par les cinéastes.


Ces scènes resteraient cependant à l’état de vignettes brillamment mises en scène si le récit ne trouvait pas son cœur dans l’évolution bouleversante de sa protagoniste centrale. Deux jours, une nuit s’ouvre sur Sandra endormie, à terre, semblant réunir ses dernières forces pour se lever. Broyée par un système où elle est interchangeable et jetable, l’anti-héroïne démotivée ne croit pas à l’issue heureuse de son projet. Plus qu’une simple réalisation de son objectif, le métrage nous décrit son retour à la vie, avec à la clef un élement crucial qui était déjà présent dans Le gamin au vélo : Sandra n’est pas seule, mais accompagnée d’une collègue, puis surtout rejointe par son mari. Loin de toute naïveté, le film des Dardenne nous dit que la solidarité est le moteur des combats, et l’illustre de la plus belle façon à travers son couple de héros émouvant.

L’économie du style épuré de Deux jours, une nuit, la précision de son rythme et la limpidité de son récit, sont autant de signes que les Dardenne maîtrisent l’art du cinéma comme peu d’autres. Notamment, la façon qu’ont les cinéastes de faire naître l’émotion au détour d’une simple phrase (déchirant « Je me sens seule » murmuré par Marion Cotillard) est tout simplement stupéfiante. Ils n’ont peut-être pas remporté de prix à Cannes cette année, mais ils se seront bien battus.

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